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Résister au réchauffement médiatique !

Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s'accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse... tout cela par la faute de l'homme, de l'émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier ? Oubliez-le.

Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
Une pléiade d’auteurs (19) dirigés par Daniel B. Botkin (Département d’écologie, évolution et biologie marine, Université de Californie Santa Barbara) publie dans la dernière édition de Bioscience un article d’orientation, dont le thème est la modélisation des effets du réchauffement climatique sur la biodiversité. Leur propos : les modèles actuels n’ont pas la capacité de réaliser des simulations correctes ; ils tendent à surestimer le risque d’extinction.

Le nombre de chercheurs ayant cosigné cet article est sans doute proportionné à l’audace du propos, puisque le texte énonce assez rapidement : « Les preuves fossiles, la recherche récente en écologie et génétique, en même temps que les problèmes spécifiques liés aux méthodes présentes de prévision, nous amènent à penser que les projections actuelles des taux d’extinction sont surestimées ». Une description plus exacte aurait sans doute été que la plupart des prévisions actuelles sont vides de sens, vu le fossé béant entre les outils rudimentaires de modélisation et la dynamique complexe du vivant. En comparaison, les modèles atmosphériques ou océaniques sont déjà des merveilles de raffinement. C’est tout dire…

Les auteurs adressent huit recommandations concernant la modélisation de la réponse des espèces au climat. La plupart tombent sous le sens : le simple fait d’avoir à les rappeler est assez inquiétant pour ce qu’il révèle de l’état de précipitation des publications à l’heure où le réchauffement climatique « fait vendre ». L’écologie et la biologie des populations n’ayant (hélas) pas réussi à médiatiser la défense de la biodiversité, elles tendent parfois à prendre le train climatique en marche, quitte à laisser de côté quelques précautions élémentaires (voir ici l’on spécule sur les extinctions climatiques « pour la bonne cause »).

Parmi ces recommandations, « sélectionner une définition spécifique de la biodiversité » (parle-t-on de gènes, de populations, d’espèces, de biomes, d’écosystèmes…) ; « prendre en compte les causes multiples de changement de la biodiversité » (les modèles prédictifs appliqués au réchauffement ne le font généralement pas) ; « obtenir des données correctes et en faire bon usage » (les auteurs rappellent à titre d’exemple que l’on n’a aucune connaissance de 40 % de la faune marine de la mer Baltique alors que c’est l’une des zones les plus étudiées au monde).

Evaluer un modèle avant de l’utiliser : il fallait y penser…

L’une des propositions atteint un certain niveau de comique involontaire, qui pourrait faire sourire s’il ne révélait l’état assez dramatique de la pratique scientifique quand on touche à l’hystérie contemporaine du réchauffement climatique : « évaluer les modèles avant de les utiliser ». Une bonne idée, en effet. Les auteurs précisent : « Sur les articles de modélisation que nous avons analysés, seul un petit nombre était validé. Plus souvent, ces articles corrèlent simplement la distribution présente d’une espèce avec des variables climatiques, intègre ensuite le climat du futur d’après un modèle climatique, et, finalement, utilise une application ‘un à un’ pour redisposer la future distribution des espèces, sans aucune validation utilisant des données indépendantes ».

Dans la critique d’un article très médiatisé promettant des extinctions en masse pour un proche avenir, nous avions déjà évoqué ce problème. Il concerne principalement les modèles « de niches » ou les modèles « aire-espèce », très utilisés car à nombre de variables limité, mais présentant des défauts évidents pour simuler la dynamique complexe du gène à l’écosystème en situation de changement de milieu : approche purement corrélative du lien espèce / distribution sur la base de données généralement médiocres, distribution actuelle présumée à l’équilibre, intégration de paramétrisations douteuses (comme le minimum de concentration des individus d’une population à la périphérie de son aire actuelle de répartition), incapacité à simuler l’adaptation et limitation conséquente au choix migration-extinction lorsque la variable spatiale évolue. Tout cela sans parler bien sûr des nombreuses inconnues des modèles climatiques (en hydrologie régionale par exemple) auxquels les modèles écologiques prétendent se coupler pour prévoir l’état du vivant en 2050 ou 2100.

« L’énigme du Quaternaire »

Les auteurs soulignent également un point intéressant, qu’ils qualifient d’énigme de Quaternaire. « Les méthodes actuelles de prévision suggèrent que le réchauffement global causera beaucoup d’extinctions, mais les données fossiles indiquent que, dans la plupart des régions, un nombre remarquablement faible d’espèces se sont éteintes au cours du Quaternaire (depuis environ 2,5 millions d’années) ». De fait, notre climat a connu d’amples variations entre glaciaires et interglaciaires, ponctuées par des changements abrupts (événements de Heinrich, événements de Dansgaard-Oeschger), avec des périodes plus chaudes qu’aujourd’hui (maximum thermique de l’Eemien, dernier interglaciaire). Même en l’absence de prédation humaine (par exploitation ou fragmentation de l’habitat), une forte sensibilité des espèces aux variations climatiques aurait dû se traduire par un taux élevé d’extinction, que l’on ne constate pas.

A dire vrai, cette énigme n’en est pas une. La variabilité parfois extrême est le propre du temps et du climat, surtout aux échelles locales et régionales. Les espèces incapables de s’adapter à des hausses ou des baisses de températures, de précipitations ou d’insolation ont déjà disparu de la planète depuis longtemps. Quant aux anciennes extinctions de masse, la preuve reste encore à apporter que le réchauffement ou le refroidissement climatiques en furent la cause première, alors que le volcanisme intense ou les impacts cosmiques font figure de bons candidats. On n’a pas souvenir que la vie ait quasi-disparu lorsque les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone étaient deux à trente fois plus élevées qu’aujourd’hui. C’est-à-dire pendant la majeure partie de l’histoire de la vie pluricellulaire sur Terre.

Référence :
Botkin Daniel B. et al. (2007), Forecasting the effects of global warming on biodiversity, Bioscience, 57, 3, 227-236.
L’article peut être téléchargé (pdf, anglais) sur cette page.

Commentaires

La présentation se suffit à elle-même, je ne m'étonne donc pas de l'absence de commentaires de lecteurs.

Toutefois, lire que nombre de modèles n'ont pas été testés et que des prédictions sont faites à partir de corrélations sans étude de causalité me paraît porter un coup sérieux à la validité de la relecture par les pairs dont on ressasse l'excellence à l'envi.
commentaire n° : 1 posté par : Marot le: 09/03/2007 08:44:22
#1Les "études" qui consitent à publier des résultats de simulations sont par définition impossible à vérifier.
Dans ce genre de papier, à part quelques formules ou quelques intervalles des paramètres dont on peut éventuellement confirmer ou réfuter le bien fondé, aucun reviewer n'a le moyen de vérifier la validité voire la prédictibilité d'un modèle climato-biologique, aussi simple soit il dès qu'il y a une rétroaction, ni au niveau du code informatique, ni au niveau des résultats.
Brighnell a très justement fait remarquer sur Numberwatch "qu'avec une rétroaction, un modèle peut vous donner n'importe quoi".

Le mot de peer-review dans ce cas n'est qu'une mascarade grotesque qui cherche à faire passer pour de la science ce qui n'est que de l'animisme post-moderne.
commentaire n° : 2 posté par : miniTAX le: 09/03/2007 10:09:07
miniTAX, je suis bien d'accord sur l'impossibilité de valider un résultat de simulation.

Toutefois, accepter un article qui contient des résultats sans évaluation du modèle me semble pire.

La rétroaction qui peut apporter n'importe quel résultat est la version informatisée de la courbe de degré >n passant par n points.
Au delà du dernier point un choix judicieux de n et des coefficients peut montrer un comportement quelconque.
commentaire n° : 3 posté par : Marot le: 09/03/2007 13:25:57
Marot,
Je ne pense pas que les modèles sont créés ex-nihilo et les gens qui publient les simulations qui en découlent doivent certainement utiliser quelques données  expérimentales pour faire leur fit histoire de donner un semlant de respectabilité à l'étude.

- Mais d'une part les modèles ne sont que des fits, qui coûtent bonbons certes, des observations passées. Un polynome de degré n-1 suffit pour passer par n points. Dans le cas des modèles climatique, on a bien plus de n degrés puisqu'on peut toucher à loisir le paramétrage dans le temps, notamment de la concentration en aérosols dont personne ne connaît avec précision la teneur et dont le niveau de compréhension sur le forçage est de "faible à très faible" selon le GIEC (si tant est que ça veut dire qq chose)
-  Et d'autre part ce n'est pas parce qu'un modèle réussit à faire un fit du passé et du présent (ce qui n'est même pas le cas avec les modèles climatiques qui n'arrivent pas à reproduire le refroidissement actuel de l'Antarctique) qu'on est assuré qu'il arrive à prévoir le futur. Et ce n'est certainement pas avec des artifices mathématiques probabilistes du genre PDF et autres pondérations arbitraires des vecteurs d'entrée et de sortie qu'on peut s'en sortir. Il y a à voir la divergence des résultats entre les différents modèles pour s'en rendre compte. Mais ça, peu de gens le savent.
commentaire n° : 4 posté par : miniTAX le: 09/03/2007 13:48:55
Je ne suis ni biologiste, ni paléontologue. Mais le simple fait qu'on puisse prétendre prévoir l'évolution du nombre d'espèces, par quelques moyens que ce soit me laisse pantois !

Déjà qu'on a que des explications très parcellaires sur l'apparition des espèces, et que les mécanismes de leurs disparitions ne sont que très mal compris,  je vois mal comment on pourrait prévoir ces évolutions en tenant compte d'un changement climatique global !

Pour ceux qui pensent que les dinosaures disparus en prenant  une météorite sur le tournant de la pomme, voici quelques idées qui "plombent" cette théorie qui semblait "bonne candidate" pour la disparition des espèces :
http://www.geopolis-fr.com/art39-limite-kt-extinction-dinosaures.html
et
http://www.dinosoria.com/extinction_dinos.htm

Que le climat ait un impact sur l'évolution, la spéciation et l'extinction, ça me parait évident.
Mais prévoir le futur sans avoir compris le passé, bof !

Cordialement.
commentaire n° : 5 posté par : Murps (site web) le: 10/03/2007 20:49:58
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