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Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
Une nouvelle analyse sur le budget radiatif des Tropiques (20°S-20°N) au sommet de l’atmosphère confirme que les années 1980 et 1990 ont été marquées par une baisse sensible de l’albedo, et donc une hausse de l’insolation de l’ordre de 2,1 W/m2. Cette valeur est presque équivalente au forçage cumulé des gaz à effet de serre depuis 150 ans, et nettement supérieure au forçage transitoire des mêmes gaz au cours de la période considérée (1985-1999). L’attribution de la hausse récente des températures de surface est donc pour le moins problématique : les causes exactes de cette variation décennale de nébulosité et d’insolation (du surcroît d’énergie qui en résulte pour le système climatique) sont pour le moment inconnues, comme l’est d’ailleurs plus généralement la variation à long terme de la couverture nuageuse.

Le programme Earth Radiation Budget (ERB) mesure par satellite le budget énergétique de la Terre au sommet de l’atmosphère (TOA). Ce budget enregistre les infrarouges lointains émis par la Terre (LW / long waves), ainsi que les longueurs d’ondes courtes du rayonnement solaire visible reflété par les nuages ou la surface (albedo) (SW / short waves). Cette mesure est assez fondamentale pour valider les modèles, et comprendre les évolutions annuelles / décennales du climat. De précédents travaux (Wielicki 2002) avaient suggéré que la zone tropicale est sujette à des variations importantes de son budget radiatif TOA.

L’équipe réunie autour de Takmeng Wong (NASA) propose dans cet article la meilleure estimation de ces mesures sur la zone tropicale (20°N-20°S), évidemment importante puisqu’elle enregistre l’excédent d’énergie qui sera ensuite redistribué au reste du globe par les océans et par l’atmosphère. La base ses capteurs satellitaires ERB (ERBS-WFOV) est ici corroborée à d’autres bases de mesure : HIRS, ISCCP-FD, AVHRR. Elle est également comparée avec une mesure totalement indépendante, l’évolution du contenu de chaleur des océans sur la même zone. La période étudiée est 1985-1999.

Résultat de Wong et al : +0,7 W/m2 LW, -2,1 W/m2 SW, bilan de 1,4 W/m2. Les bases ERBS, HIRS et ISCCP-FD sont en bon accord. Seule la base AVHRR diverge notablement, avec des résultats de signe opposé, mais plusieurs problèmes de dérive des satellites sont connus et en cours de correction (ci-dessous, courbes désaisonnalisées des tendances LW, SW et bilan).

Le point frappant, c’est bien sûr la valeur négative de -2,1 W/m2. Elle signifie en effet qu’entre le début des années 1980 et la fin des années 1990, le rayonnement solaire a été moins réfléchi par les aérosols ou les nuages. Donc que l’insolation se diffusant dans l’atmosphère et parvenant à la surface a augmenté de 2,1 W/m2 en 20 ans sur les Tropiques. Pour donner un ordre de grandeur, cette valeur radiative est à peu près égale au forçage anthropique de l’ensemble des gaz à effet de serre cumulé sur 150 ans. Comme le soulignent Wong et al., cette baisse de la nébulosité (éventuellement des aérosols, mais elle n’est pas documentée en zone tropicale) est d’origine inconnue : elle peut refléter la variabilité naturelle décennale ou être l’expression (la rétroaction) du réchauffement des océans par forçage naturel / anthropique. Dans ce dernier cas, cela invaliderait l’hypothèse de l’effet Iris formule par Richard Lindzen (Lin 2004 pour une analyse similaire, mais voir la réponse de Chou et Lindzen 2005).

Parmi les conclusions que l’on peut tirer de ce travail :
• sur les Tropiques et la période 1985-1999, les variations de nébulosité et d’insolation ont été le phénomène radiatif dominant, dépassant largement l’évolution transitoire des forçages dus au gaz à effet de serre ;
• cette tendance à « l’éclaircissement global » (plus de rayonnement solaire atteignant la surface et la couche supérieure des océans) ou global brightening a été retrouvée de manière indépendante et sur l’ensemble du globe depuis la fin des années 1980 (voir ici notre recension des analyses de Wild 2005 et Pinker 2005 ;
• l’origine de cet éclaircissement tropical et global reste inconnue (causes possibles : baisse des aérosols naturels et anthropiques, variabilité intrinsèque du climat, rétroaction aux forçages naturels / anthropiques) ;
• ces phénomènes coïncident avec la phase de réchauffement récent (1977-2006) dont on prétend qu’elle est principalement due au forçage des gaz à effet de serre sur le climat, alors même que les variations décennales d’insolation / nébulosité semblent représenter un forçage radiatif au moins équivalent (en cumulé) et trois fois plus important (en transitoire) ;
• les modèles de circulation générale (GCM) sont incapables de reproduire avec précision de telles tendances décennales de nébulosité et d’insolation, de sorte que leur attribution du réchauffement récent au gaz à effet de serre relève d’une simulation nécessairement grossière et incomplète de la réalité climatique.

Que de telles simulations permettent des conclusions « très vraisemblables » (Résumé pour décideur, GIEC 2007) relèvent à l’évidence de l’avis subjectif des experts, pas de nos connaissances assez lacunaires et provisoires des déterminants du climat, et plus précisément des températures de surface des 50 dernières années.

Nota : les mesures directes de la nébulosité sont entachées d’incertitudes dues au calibrage des instruments satellitaires, à la rareté des bases terrestres d’observation et à la complexité du phénomène lui-même (superpositions de couches nuageuses par exemple). Récemment, Evan et al 2007 ont par exemple suggéré que la tendance à l’éclaircissement global commencée à la fin des années 1980 relève de biais dans les calculs de la base ISCCP. Le travail de Wong et al., qui compare l’ensemble des bases disponibles et analyse la mesure directe du rayonnement visible reflété au sommet de l’atmosphère (sans estimation de la nébulosité sous-jacente), confirme l’éclaircissement global sur la zone tropicale et ne retrouve pas les biais suggérés par Evan et al. A suivre, bien sûr.

Références
Chou, M.-D., R. S. Lindzen (2005), Comments on 'Examination of the decadal tropical mean ERBS nonscanner radiation data for the Iris hypothesis', J. Climate, 18, 2123-2127.
Evan A.T. et al. (2007), Arguments against a physical long-term trend in global ISCCP cloud amounts, Geoph. Phys. Lett., 34, L04701, doi :10.1029/2006GL028083
Lin B. et al. (2004), Examination of the decadal tropical mean ERBS nonscanner radiation data for the Iris hypothesis, J. Climate, 17, 1239-1246.
Wielicki B.A. et al. (2002), Evidence for large decadal variability in the Tropical mean radiative energy budget, Science, 295, 841-844.
Wong T. et al. (2006), Re-examination of the observed decadal variability of Earth radiation budget using altitude-corrected ERBE/ERBS nonscanner WFOV data. J. Climate, 19, 4028-4040.

L’article peut être consulté (pdf, anglais) sur la page de T. Wong.

Commentaires

Un détail tout d'abord, le lien dans «voir ici notre recension» se termine par une parenthèse fermante qui fausse l'url.

Sur le fond, l'addition des conséquences de ce que Wild et al. d'une part et Wong et al. d'autre part ont trouvé est assez importante pour se poser de sérieuses questions.

J'en ai deux :
..le Giec a-t-il pris en compte ces types de phénomènes ?
..une synthèse est-elle publiée ou en voie de l'être ?

Merci.
commentaire n° : 1 posté par : Marot le: 23/02/2007 09:15:56
Bonjour,

c'est en plein dans l'actualité, certains crieront à la théorie du complot, en ce qui me concerne je me fie à l'aspect peer reviewed du papier :
http://www.agu.org/pubs/crossref/2007/2006GL028083.shtml
http://www.nature.com/news/2007/070219/full/070219-5.html (accès payant)

Et justement ce papier démontre que c'est lié à l'érosion de la trajectoire des satellites. En gros on les a lancés pour rien concernant cette étude... "Here we show that trends observed in the ISCCP data are satellite viewing geometry artifacts and are not related to physical changes in the atmosphere" : Les tendances observées dans ces données ne sont dus qu'à des artefacts du point de vue des satellites et ne sont pas corrélés à la modification de paramètres physiques de l'atmosphère.
commentaire n° : 2 posté par : Jean-Luc P (site web) le: 23/02/2007 11:55:58
#1 Merci corrigé. Le GIEC signale ces questions dans l'AR4, mais de façon rapide (quelques pages). Les modèles de simulation du XXe siècle ne peuvent de toute façon prendre en compte en détail ce genre de variation décennale (contrairement aux GES, la quantité d'aérosols et son forçage sont très mal connus ; quant à la nébulosité, elle diverge énormément d'un modèle sur l'autre). Je crois avoir lu par exemple que les SRES tablaient sur une réduction de 5% des aérosols sulfatés au cours de la décennie 1990, alors que l'estimation est plutôt de 20% (à confirmer cependant, je ne retrouve plus ma référence).

J'ignore l'existence d'une éventuelle synthèse sur ces questions. Cela serait précieux.

#2 Oui, je signale ce papier d'Evan et al. dans le texte ci-dessus. Je doute un peu que cela soit un biais, car les variations dimming /brightening sont aussi trouvées par des instruments de mesure indépendants des satellites ISCPP (par exemple, la base ERBS utilisée par Wong et al., les pyranomètres des réseaux GEBA et BSRN utilisés notamment par Wild et al., ou des mesures comme le réflectance terrestre sur le disque lunaire.) En revanche, l'estimation exacte de l'évolution des différentes couches de nébulosité reste un problème épineux, vu la difficulté de la mesure et la complexité d'interprétation.

Sinon, Wild et al. viennent de faire paraître un papier important sur le thème, dans les GRL aussi, je tâcherai de le commenter ces jours prochains. Leur conclusion est que le global brightening ne peut expliquer la hausse des T, car les valeurs d'insolation au début 2000 restent inférieures aux valeurs 1960, du moins sur le réseau GEBA. Mais le principal pb est que cette observation... n'est pas quantifiée dans le papier.

GEOPHYSICAL RESEARCH LETTERS, VOL. 34, L04702, doi:10.1029/2006GL028031, 2007

Impact of global dimming and brightening on global warming

Martin Wild, Atsumu Ohmura, Knut Makowski
commentaire n° : 3 posté par : Charles Muller le: 23/02/2007 15:43:27
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