Le Rapport 2007 du GIEC inclut un chapitre entier consacré aux paléoclimats. Voici ce qu’en dit le Résumé pour décideurs. Nota : ces articles sont susceptibles d’être mis à jour, en fonction de nos lectures ou des critiques que vous pourrez apporter dans la fonction commentaire et qui seront, le cas échéant, intégrées dans le texte.A retenir :• La « courbe de hockey », vedette du Rapport GIEC 2001 montrant des températures assez stables au cours du dernier millénaire, a disparu et le GIEC doit reconnaître que les températures de l’Hémisphère Nord ont peut-être été plus variables, avant toute influence humaine significative.
• Malgré cela, les auteurs du GIEC s’accrochent à l’idée que la seconde partie du XXe siècle est « vraisemblablement » plus chaude que les 1300 dernières années. Ce détail, qui se joue à quelques dixièmes de degré, évalués sur des indices très rares et avec des méthodes présentant des incertitudes importantes, est sans intérêt. L’enjeu réel est de savoir si le climat connaît des variations naturelles notables, sous l’effet des forçages non-anthropiques que sont le soleil et le volcanisme. Et les nouvelles courbes paléoclimatiques incitent à penser que c’est le cas.
• La Résumé pour décideurs mentionne également la situation du Groënland au cours de l’Eemien (précédent interglaciaire). En omettant de préciser un détail important : le forçage orbital solaire sur cette zone et à cette période était 20 à 100 fois plus important que le forçage anthropique actuel.
GIEC : Les températures moyennes de l’hémisphère Nord pendant la seconde moitié du XXe siècle étaient très vraisemblablement (90-99 %) plus élevées que durant d’autres périodes de cinquante ans pendant les derniers 500 ans et vraisemblablement (66-90 %) les plus élevées des derniers 1300 ans au moins. Des études récentes indiquent une plus grande variabilité dans les températures de l’hémisphère Nord que suggéré dans le troisième Rapport, et trouvent en particulier que des périodes plus froides existaient du XIIe au XIVe, au XVIIe, et au XIXe siècles. Les périodes chaudes avant le XXe siècle sont dans la gamme d’incertitude donnée dans le troisième Rapport.Commentaire :• Voici donc la sentence tant attendue pour la « crosse de hockey » qui a fait couler beaucoup d’encre depuis 2001. Bref rappel : dans le Résumé pour décideurs de l’AR3 2001 figurait en très bonne place un graphique des reconstructions des températures du dernier millénaire, dû à l’équipe de Michael Mann. Ce graphe (ci-dessous) montrait une évolution presque stable pendant 800 ans, suivie d’une brutale hausse. Il a été surnommé « crosse de hockey » (
hockey stick) en raison de sa forme. Les époques connues sous le nom d’Optimum Médiéval (période chaude env. 900-1100) et de Petit Age Glaciaire (période froide env. 1500-1800) avaient disparu. Un vigoureux débat a suivi, exposé
ici,
ici et
ici.

• Le GIEC reconnaît aujourd’hui que les températures de l’Hémisphère Nord ont peut-être été plus variables qu’on ne le suggérait aux décideurs en 2001, surtout pour les 500 dernières années. Cela revient à accepter l’hypothèse que le réchauffement moderne (1850-présent) s’inscrit en fait dans la sortie d’une période froide (le traditionnel Petit Âge Glaciaire), dont l'impulsion initiale est naturelle. De fait, les courbes parues depuis 2001 ont donné une vision un peu différente de la variabilité naturelle (schéma in SD-6).

• Dans le Rapport complet, les auteurs insistent sur les grandes incertitudes qui entourent la reconstruction des climats avant 1600-1700 (SD-6.2 et SD-6.6). Cela s’explique par plusieurs points : les proxies (indices climatiques comme les anneaux de croissance) sont particulièrement rares et ne donnent pas toujours une image fiable du paramètre que l’on veut isoler ; le calibrage de chaque proxy sur la période instrumentale moderne laisse des marges d’erreur importantes ; les anneaux de croissance (principal proxy utilisé par Mann et ses différents successeurs depuis 1999) ont des réponses variables aux températures, aux précipitations, à l’insolation et au CO2, de sorte que la marge d’erreur de chaque reconstruction individuelle est large (±0,5°C, plus de deux fois l’erreur standard de la variabilité décennale lissée). Il suffit de constater la rareté des proxies avant 1500 (carte ci-dessous, SR-6) pour comprendre que l’idée d’une reconstruction « globale » et de conclusions « vraisemblables » ou « très vraisemblables » est surtout une illusion.

• La question de savoir si le XX
e siècle est le plus chaud des 1300 dernières années n’est pas l’objet central de ce débat, contrairement à ce que les rédacteurs du Résumé (et beaucoup de personnes) croient ou font semblant de croire. Les records du réchauffement moderne, s’ils en sont vraiment, se jouent de toute façon à quelques dixièmes de degré près. Avec six milliards d’humains ayant accompli une révolution industrielle, au lieu de quelques centaines de millions pratiquant l’agriculture, un tel différentiel n’aurait rien de renversant. Non, l’enjeu essentiel de la paléoclimatologie, c’est d’estimer la variabilité naturelle du climat, qui est actuellement très peu connue et contrainte dans les modèles, et de mieux comprendre les influences respectives des forçages en situation de non-influence anthropique. Ainsi, certaines nouvelles courbes de reconstructions montrent que le climat a pu gagner de 0,6 à 0,9°C entre 1700 et 1950, sur une période où l’influence des gaz à effet de serre n’a pas été décisive. Et que des chutes ou des hausses assez rapides de l’ordre de 0,4°C ne sont pas rares.
GIEC : Le niveau moyen des mers pendant le dernier interglaciaire (environ 125 000 ans) était vraisemblablement 4 à 6 m plus haut qu’aujourd’hui, dû principalement au retrait de la glace polaire. Les carottes de glace indiquent que la température moyenne polaire à ce moment-là était 3 à 5 °C plus chaude qu’au XXe siècle à cause de différences dans l’orbite terrestre.Commentaire :• Le chapitre Paléoclimat du Rapport complet est assez riche, il est étonnant que les chercheurs aient extrait cette seule information (avec la précédente) pour l’inclure dans le Résumé pour décideurs. C’est peut-être un effet de compensation des nouvelles estimations sur le niveau des mers 2100, revues à la baisse comme nous le verrons.
• Cette présentation du Maximum Thermique de l’Eemien (le dernier interglaciaire) est incomplète. Les auteurs auraient dû préciser les ordres de grandeur du forçage orbital solaire, expliqué dans le Rapport complet (SD-6.4). Le schéma ci-dessous montre que le forçage solaire au-dessus de 60°N et en période estivale (fonte maximale) se situait entre 30 et 60 W/m
2. En comparaison, rappelons que l’ensemble des forçages anthropiques s’élèvent aujourd’hui à 0,6-2,4 W/m
2, après 250 ans de révolution industrielle.
Nota : les mentions SD renvoient au Second Draft du rapport complet du GIEC, suivies des chiffres des chapitres et paragraphes concernés.
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