Suite de notre analyse du Résumé pour décideurs GIEC 2007, avec le bilan des observations sur le siècle passé. Rappel : ces articles sont susceptibles d’être mis à jour, en fonction de nos lectures ou des critiques que vous pourrez apporter dans la fonction commentaire et qui seront, le cas échéant, intégrées dans le texte. A retenir :• La hausse récente des températures (0,13°C/décennie depuis 1950, 0,17°C/décennie depuis 1977) confirme le réchauffement récent, mais conserve une pente comparable à celle du réchauffement observé lors de la première moitié du XX
e siècle (0,14°C/décennie).
• La hausse du niveau des mers au XX
e siècle se situe entre 12 et 22 cm. L’accélération récente du taux annuel de hausse mesuré par satellite (3,1mm/an, (2,4-3,8) sur 1993-2003) ne peut être clairement attribuée (variabilité décennale ou début de tendance à long terme).
• Les variations de fréquence ou d’intensité des événements extrêmes restent pour le moment hypothétiques (probabilité de 66-90%) en raison de la mauvaise qualité des données. La part humaine dans ces éventuelles variations est plus hypothétique encore (probabilité de 50-66%).
GIEC : Onze des 12 dernières années (1995-2006) se placent parmi les 12 années les plus chaudes des relevés instrumentaux de température (depuis 1850). La tendance linéaire mise à jour (1906-2005) est de 0,74 °C (0,56-0,92) est plus importante que la tendance correspondante pour 1901-2000 donnée dans l’AR3, de 0,6 °C (0,4-0,8 °C). La tendance linéaire des 50 dernières années (0,13 °C/décennie 0,10-0,16) est près de deux fois celle des 100 dernières années. La hausse totale des températures de 1850-1899 à 2001-2005 est de 0,76 °C (±0,19).Commentaire :• Que les dernières années présentent des « records » de température est logique, puisque tout le monde reconnaît que nous sommes en phase de réchauffement global depuis 150 ans. Selon l’OMM, le Hadley Center – CRU, les bases satellites UAH et RSS, l’année 1998 marque toujours le « record » des années récentes, aucune année de la période 1999-2006 ne l’ayant égalé.
• On note que les incertitudes des mesures elles-mêmes sont encore fortes (±0,18 °C pour 1906-2005, ce qui représente environ 25% de la valeur médiane retenue). Quand on sait que les températures de surface sont censées être la mesure la plus ancienne et la plus fiable de la météorologie mondiale, cela donne une idée de la qualité des autres observations (précipitations, vents, extension des glaces, etc.), donc de la fiabilité des contrôles des modèles par leur confrontation aux données.
• La présentation du GIEC rend mal compte du fait suivant : le réchauffement moderne s'est tenu en deux phases statistiquement signifcatives, 1920-1945 et 1977-présent, avec une phase de léger refroidissement au milieu (Jones et Moberg 2003). Pour évaluer l'accélération récente du réchauffement, il faut donc comparer ces deux phases.
• Le GIEC ne cite pas la pente la plus récente des températures moyennes globales, à savoir 1977-2006 (dernière série trentenaire de référence). Le réchauffement global observé pendant cette période varie de 0,49°C (Nasa Giss) à 0,54°C (Hadley Center-CRU). Soit une pente de 0,16-0,17°C / décennie. Cette pente reste comparable à celle du réchauffement de la première moitié du XX
e siècle (0,41°C entre 1916 et 1945), époque où le forçage des gaz à effet de serre était bien moindre.
GIEC : De nouvelles analyses des mesures par ballons-sondes et satellites montrent que la moyenne et haute troposphère a connu des taux de réchauffement similaires à ceux de la surface.• Le récent et important rapport de synthèse (Thomas et al. 2006) à ce sujet, commenté
ici, montre que les modèles et les observations continuent de diverger de manière importante au niveau des Tropiques (20°S-20°S), zone qui représente environ la moitié de l’atmosphère terrestre totale et où se joue une part essentielle des échanges radiatifs-convectifs.
• Les bases de données satellitaires présentent encore des différences importantes d’analyse dans les mesures MSU, aboutissant à des tendances décennales de 0,10 à 0,20 °C (1979-2004), soit un facteur 2 d’incertitude, sans que l’on puisse trancher sur l’estimation le plus correcte.
GIEC : La hausse du niveau des mers est estimée à 1,8 mm/an (1,3-2,3) entre 1961 et 2003. Le taux est plus élevé depuis les mesures satellitaires : 3,1 mm/an (2,4-3,8) entre 1993 et 2003. Il n’est pas possible de dire si ce taux plus élevé de 1993 à 2003 reflète la variabilité décennale ou une augmentation à long terme. Il y a une haute confiance dans le fait que le rythme de hausse du niveau des mers s’est accru entre le XIXe et le XXe siècle. Au total, la hausse du niveau des mers au XXe siècle est estimée à 0,17 m (0,12-0,22).Commentaire :• On ne peut pas attribuer un haut degré de confiance dans l’accélération du rythme de hausse du niveau des mers. La seule étude récente ayant constaté le phénomène (Church 2006) l’évalue à 0,013 mm/an/an (treize millièmes de millimètres) et les données du XIX
e siècle ont une marge d’incertitude très importante. D’autres travaux récents ont montré des hausses plus soutenues en première qu’en seconde moitié de XXe siècle (Jevrejeva 2006). Voir
ici • Pour donner un ordre de grandeur, des événements comme El Nino / La Nina 1977/1998 se traduisent par des variations de niveau de la mer de 15 mm en l’espace d’une seule année (SD-5.5.2.1)
• La seule donnée fiable est donc une hausse du niveau des mers comprise entre 12 et 22 centimètres au XXe siècle, ce qui n’a bien sûr rien de catastrophique.
GIEC : tableau de synthèse des événements extrêmes.
Commentaire :• Le Rapport complet précise que dans bon nombre de régions du monde, on manque de données journalières fiables sur le long terme (SD-3.8.1) pour estimer les tendances des événements extrêmes. Ce qui s’applique notamment aux tempêtes et à l’intensité des cyclones (SD-3.5.3). Le GIEC ne s’engage donc pas de manière claire sur l’existence même d’une tendance observée des événements extrêmes (
likely signifie vraisemblable avec une probabilité > 66%), encore moins sur l’éventuelle part anthropique de cette éventuelle tendance (
more likely than not : 50-66%).
Nota : les mentions SD renvoient au Second Draft du rapport complet du GIEC, suivies des chiffres des chapitres et paragraphes concernés.
RéférencesChurch J.A., N.J. White (2006), A 20th century acceleration in global sea-level rise,
Geoph. Res. Lett., 33, L01602, doi:10.1029/2005GL024826.
Jevrejeva, S. et al. (2006, Nonlinear trends and multiyear cycles in sea level records,
J. Geoph. Res. Oceans, 111: 10.1029/2005JC003229.
Jones P.D., A. Moberg (2003), Hemispheric and large-scale surface air temperature variations: an extensive revision and update to 2001,
J. Clim., 16, 201-223.
Thomas R. Karl, Susan J. Hassol, Christopher D. Miller, and William L. Murray (ed.) (2006),
Temperature Trends in the Lower Atmosphere: Steps for Understanding and Reconciling Differences, Climate Change Science Program and the Subcommittee on Global Change Research, Washington (DC).
Dernière mise à jour : 03-02-07
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