Dans le même et dernier numéro des Geophysical Research Letters, deux études à base de modèles suggèrent que le réchauffement 2100 pourrait être un peu plus élevé que prévu, trois autres montrent que les conséquences du réchauffement global sur l'acidité et la salinité océaniques, la sécheresse aux Etats-Unis et l'intensité cyclonique sont minimes, positives ou nulles. Les deux premières études sont commentées partout (ou presque), les trois autres nulle part (ou presque). Et tout le monde de conclure dès lors, à commencer par le public peu informé, qu'il existe un "large consensus" sur la "gravité des bouleversements climatiques en cours". Quand la propagande remplace l'information...
Il y a des études dont on parle beaucoup et d'autres bien moins. On peut vivre en ce mois de mai 2006 un exemple typique de cette médiatisation différentielle à partir d'une même base d'informations, en l'occurrence les nouveaux articles des
Geophysical Research Letters (volume 33, numéro 10).
Si vous allez sur les sites d'Eurekalert, ScienceDaily ou autres bases internationales de vulgarisation, si vous recevez les mails d'alerte de
Nature, de
Science ou autres magazines de référence, vous entendrez beaucoup parler en ce moment de deux travaux (Scheffer 2006, Torn 2006) estimant que le modèles ne prennent pas assez en cause les rétroactions positives de l'augmentation CO
2 et que les fourchettes hautes des estimations actuelles doivent être encore revues à la hausse.
En revanche, vous aurez bien plus de mal à trouver des gros titres sur l'étude de Klotzbach (même volume, même numéro) montrant qu'il n'existe aucune tendance claire dans l'intensité des cyclones liée au réchauffement entre 1986 et 2005, sur l'étude d'Andreadidis et al. (même volume, même numéro) montrant que les précipitations ont augmenté aux Etats-Unis dans la seconde partie du XX
e siècle et que les sécheresses sont globalement devenues plus rares et plus courtes, sur l'étude de Loáiciga (même volume, même numéro) concluant que les changement de salinité depuis deux siècles (0,61‰ sur 35‰) et d'acidité dans le siècle à venir (0,19 pH pour un doublement CO2) sont négligeables à l'échelle de temps considérée.
Voici donc, en direct si l'on peut dire, comment on crée l'illusion médiatique d'un consensus scientifique sur la gravité du réchauffement. Deux études citées et commentées un peu partout alors qu'elles ne font jamais qu'une enième prospective 2100 (peut-être très valable d'ailleurs, là n'est pas la question) ; trois études peu ou pas citées du tout, alors qu'elles livrent des
mesures du réel (et aussi des estimations pour Loáiciga) ne correspondant pas aux représentations dominantes du moment.
Nota :Pour une présentation du travail de Klotzbach, voir notre
article récent .
Références des articles mentionnés :Scheffer, Marten; Brovkin, Victor; Cox, Peter M.
Positive feedback between global warming and atmospheric CO2 concentration inferred from past climate change
Geophys. Res. Lett., Vol. 33, No. 10, L10702
10.1029/2005GL025044
Torn, Margaret S.; Harte, John
Missing feedbacks, asymmetric uncertainties, and the underestimation of future warming
Geophys. Res. Lett., Vol. 33, No. 10, L10703
10.1029/2005GL025540
Klotzbach, Philip J.
Trends in global tropical cyclone activity over the past twenty years (1986?2005)
Geophys. Res. Lett., Vol. 33, No. 10, L10805
10.1029/2006GL025881
Andreadis, Konstantinos M.; Lettenmaier, Dennis P.
Trends in 20th century drought over the continental United States
Geophys. Res. Lett., Vol. 33, No. 10, L10403
10.1029/2006GL025711
Loáiciga, Hugo A.
Modern-age buildup of CO2 and its effects on seawater acidity and salinity
Geophys. Res. Lett., Vol. 33, No. 10, L10605
10.1029/2006GL026305
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