On sait que l’évolution des glaces de mer (ou banquises) inquiète les climatologues. Les mauvaises nouvelles à leur sujet sont amplement relayées par les médias. Les bonnes le sont un peu moins. Une nouvelle étude des données satellites depuis trente ans par l’équipe de K.Y. Winnikov tempère quelque peu le catastrophisme ambiant. Elle montre que la banquise gagne du terrain en Antarctique, en perd en Arctique. Et suggère dans ce dernier cas que l’on reste dans un schéma de variabilité naturelle.Les auteurs de ce papier paru voici quelques semaines dans les
Geophysical Research Letters ont fait une synthèse des données satellites d’observation des banquises au Pôle Nord et au Pôle Sud le début des années 1970. On sait que ces glaces de mer suivent une évolution saisonnière, avec une extension maximale en hiver et minimale en été. En situation de réchauffement global, ces banquises devraient fondre au Nord comme au Sud, c’est-à-dire limiter peu à peu leur extension annuelle. En soi, cette fonte des glaces de mer n’est pas de nature à augmenter le niveau de mer (en vertu du principe d’Archimède, la place qu’elles occupent dans les océans sous forme de glace ou d’eau liquide reste la même, contrairement aux glaciers terrestres dont la fonte alimente le niveau marin de l’extérieur).
Le schéma ci-dessous montre l'évolution constatée dans l’Hémisphère Nord (Arctique, en haut) et dans l’Hémisphère Sud (Antarctique, en bas). On note une probable erreur dans l'Hémisphère Sud - Antarctique au début des mesures, car il y a une chute dramatique entre 1968 et 1974. En revanche, la tendance 1974-2004 est à la hausse en HS-Antarctique, alors qu'elle est clairement à la baisse dans l'HN-Arctique (voir les courbes de tendances quadratiques en pointillés).

Premier constat pour l’Antarctique : le bilan des trente années les plus chaudes du siècle, voire du millénaire, se traduit par une extension de la banquise. Les modèles climatiques trouveront sûrement une explication ad hoc au phénomène.
Concernant l'Arctique, les auteurs affirment : "Dans l'Hémisphère Nord, les observations montrent un déclin statistiquement significatif de l'extension des glaces de mer et une accélération de leur retrait au cours des trois dernières décennies. Cependant, d'après la variabilité naturelle modélisée de la glace de mer en simulations de contrôle, nous concluons que cette accélération n'est pas statistiquement significative et ne devraient pas être extrapolée vers l'avenir".
Plutôt que de dresser des tableaux apocalyptiques d’un cercle arctique accueillant des chênaies en 2100 et des bananeraies en 2100, la prudence comme la sagesse exigent en effet de continuer modestement les mesures et d’affiner notre compréhension de la circulation océan-atmopshère dans les zones les plus septentrionales de l’Hémisphère Nord.
RéférenceVinnikov, K.Y. et al. (2006), A model assessment of satellite observed trends in polar sea ice extents,
Geophysical Research Letters, 33, doi 10.1029/2005GL025282.
On peut télécharger cette étude (pdf, anglais) en cliquant sur
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