Non, rassurez-vous, nous ne nous lançons pas à notre tour dans des prédictions catastrophistes pour l’avenir de la pauvre humanité et de sa triste planète. Le krach en question est celui d’un modèle (climateprediction.net) présenté en début d’année encore comme le plus puissant du monde et utilisant le calcul partagé. En constatant les températures caniculaires atteintes par la Terre en 2013, ses concepteurs viennent de reconnaître un bug majeur. Mauvais présage pour les autres modèles ?Vous souvenez-vous l’hiver 2005 ? Un article paru dans
Nature avait à cette époque fait le tour du monde et la une des grands médias. Il faut dire que D.A. Stainforth et ses 15 co-auteurs (pas moins!) annonçaient que la sensibilité climatique à un doublement du gaz carbonique dans l’atmosphère, jusqu’à présent évaluée entre 1,5 et 4,5 °C par le GIEC, pourrait plutôt se situer dans la fourchette 2-11 °C (Stainforth 2005). Traduction immédiate dans les gros titres : «Le réchauffement de la Terre pourrait atteindre 11 °C» (BBC), «Un réchauffement climatique de plus de 6 °C n’est plus à exclure» (
Le Monde)... A Greenpeace et au WWF, on comptait déjà les jours du monde industriel en gardant un œil sur le thermomètre.

Le modèle en question, climateprediction.net, avait pour particularité de fonctionner en calcul partagé (
grid computing) : les innombrables données à analyser pour simuler l’évolution des mécanismes complexes du climat étaient réparties en «paquets» de calcul traités de manière autonome par des ordinateurs individuels. Lancé dès le début des années 2000, ce projet sponsorisé entre autre par la BBC et l’Université d’Oxford avait atteint jusqu’à 90.000 participants. Il était devenu franchement populaire à partir du moment la chaîne publique anglaise en avait fait la publicité dans son émission Climate Chaos. En février dernier, on ne comptait pas moins de 200.000 volontaires pour contribuer au calcul de climateprediction.net, téléchargeable directement sur un
site éponyme. Et ce modèle d’un genre nouveau, bien plus puissant que ses concurrents, devait annoncer à la fin du printemps ses prédictions 2080 pour les températures anglaises. Les Londoniens en frissonnaient déjà – enfin, façon de parler vu les premiers résultats de 2005.
Hélas ! la semaine dernière (14 avril 2006), les concepteurs de climateprediction.net ont dû annoncer une bien mauvaise nouvelle aux 200.000 enthousiastes de la voyance informatisée : aucun résultat n’est exploitable. Le modèle semble présenter un bug majeur dans la simulation des aérosols sulfatés, ces petites particules industrielles contribuant plutôt au refroidissement de la planète. Traduction : toutes les températures simulées pour 2013 étaient à ce point caniculaires que l’équipe a préféré stopper net l’expérience à cette année fatale.
Ce qui est le plus intéressant dans ce fiasco, c’est le discours qui avait accompagné le lancement et la conception de climaeprediction.net. Ainsi, dès 2002, le Dr Myles Allen (Département des sciences et technologie de l’espace Laboratoire Rutherford Appleton) déclarait à la
BBC : «Les climatologues n’ont exploré qu’une petite fraction de tous les résultats possibles [des modèles] et cela a entraîné inévitablement des querelles sur le réchauffement global. […] Quantifier les incertitudes est une chose que nous ne savons pas faire pour le moment».
Alors que climateprediction.net était encore en plein état de grâce, Michael Hopkin précisait dans Nature en commentant ses premiers résultats : «Les prévisions précédentes de réchauffement global n’ont été faites que sur une petite douzaine de simulations ; l’équipe de Staifnorth en a analysé plus de 2000» (Hopkin 2005).
Maintenant que climateprediction.net a lui-même sombré dans la surchauffe, il ne reste plus que ces appréciations critiques sur les autres modèles. On est ravi d’apprendre qu’ils sont obligés d’écarter un grand nombre de simulations (
y compris celles qui ne donnent pas de hausse ?), qu’ils ne savent pas quantifier leurs incertitudes (
pourquoi ne pas le dire clairement dans les résumés du GIEC ?) et qu’ils ne réalisent qu’une pauvre petite douzaine de simulations de base (
est-ce bien suffisant vu la complexité du climat ?).
Décidément, les fameux modèles sur lesquels reposent toutes les préditions alarmistes pour 2100 n’ont pas tant progressé que cela entre 1988 et 2006. Messieurs les décideurs, pensez à en toucher un mot au GIEC lorsque ses experts vous remettront leur prochain résumé à votre intention…
RéférencesHopkin M. (2005), Biggest-ever climate simulation warms temperature may rise by 11 °C,
Nature, doi :10.1038/news050124-10.
Stainforth D.A. et al. (2005), Uncertainty in predictions of the climate response to rising levels of greenhouse gases,
Nature, 433, 403-406.
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