Professeur associé d’économie à l’Université de Guelph (Ontario, Canada), Ross McKitrick est à l’origine avec S. McIntyre de l’affaire de la crosse de hockey. Cette contestation technique des reconstructions du climat passé a récemment obtenu sa consécration scientifique par une publication dans les prestigieuses Geophysical Research Letters. Co-auteur avec le physicien Christopher Essex d’un livre sur les limites théoriques des modèles climatiques, Ross McKitrick revient ici sur cet épisode révélateur des méthodes employées par les alarmistes du climat.
Quel est votre domaine principal de recherche ?Ma spécialité est l’économie de l’environnement et l’essentiel de mes travaux concerne les thèmes associés à la pollution de l’air, au changement climatique et à la croissance économique.
En tant qu’économiste, comment en êtes-vous venu à vous pencher sur les questions climatiques ?Quand j’étais étudiant, je m’intéressais à la question des taxes et un sujet en vogue à l’époque était la taxe sur les émissions de carbone. Je lui ai consacré ma thèse. Dès lors, on m’a souvent invité à des colloques interdisciplinaires sur le changement climatique, où j’observais les présentations habituelles du « consensus » scientifique. Mais le jour où l’on m’a demandé de préparer moi-même une intervention, j’ai décidé de passer en revue la littérature scientifique disponible et j’ai découvert la face cachée du débat, celle dont on ne parlait jamais – à savoir beaucoup de doutes crédibles à propos des travaux du GIEC. J’ai été surtout choqué par le traitement très simpliste des séries temporelles de données par le GIEC, comparé à ce que l’on fait en économie, avec les raccourcis importants que cela implique. Mais j’ai aussi rencontré beaucoup d’hostilité de la part des chercheurs du GIEC quand je les interrogeais à ce sujet. Ma curiosité a donc été piquée et elle est toujours très vive depuis.
Pouvez-vous expliquer les origines du débat sur la crosse de hockey ?Vos lecteurs intéressés pourront se référer à un très bon article de Marcel Crok paru dans le magazine
NWT l’an dernier ainsi qu’à mes propres synthèses, disponibles sur mon
site. Pour le dire brièvement, tout a commencé quand Steve McIntyre, un homme d’affaires de Toronto, a vu la courbe de hockey utilisée comme outil promotionnel du protocole de Kyoto, ce qui n’a pas été sans lui rappeler les méthodes de vente des "penny stocks" et autres actions sans réelle valeur financière de son métier. Par curiosité, il a écrit un e-mail à Michael Mann en avril 2003 pour lui demander ses données. Après quelques difficultés, il en a obtenu une copie, mais n’a pas réussi à répliquer les résultats. Il lui a été impossible d’obtenir des précisions sur la manière dont Mann avait fait ses calculs, et il ne pouvait donc repérer où était les problèmes. Je l’ai rejoint au début de l’automne 2003 et nous avons publié ensemble notre premier papier quelques mois plus tard. Dans les 18 mois qui ont suivi, nous avons pu obtenir plus d’informations, en partie grâce à une enquête du Congrès qui a obligé Mann à révéler ses codes informatiques et aussi parce que le magazine
Nature lui a demandé de revoir complètement ses données et sa méthodologie après notre dépôt d’une requête sur les sources (
materials complaint). Dès lors, il devenait possible de voir ce qui avait été fait pour obtenir les résultats publiés.
Quelles sont justement les erreurs que vous avez relevées ?Mann a inclus dans ses données un petit groupe de proxies très controversés, les pins de Bristlecone (
Pinus longaeva), qui n’ont pas de corrélations nettes avec les températures locales mais sont connus pour leur très forte croissance au XX
e siècle. Dans une analyse normale, ces proxies n’auraient pas compté pour beaucoup et n’auraient donc pas eu d’influence réelle sur le résultat final. Mais Mann a utilisé une méthode non conventionnelle d’analyse en composantes principales qui favorisait les courbes en forme de crosse de hockey et attribuait un poids dominant aux pins de Bristelcone. Il affirmait aussi avoir passé des tests d’évaluation de la significativité (r2 et réduction d’erreur RE), mais il n’a pas rapporté les résultats du r2 et il a assigné aux scores du RE une valeur critique minime ne s’appliquant pas à ses données.
Et quelles en sont les conséquences ?En incluant les pins de Bristlecone et en leur donnant un poids majeur, les résultats de Mann transformaient des bruits insignifiants en courbe en crosse de hockey. L’usage incorrect des composantes principales a exagéré le coefficient de variance expliquée attribué à ces pins, comme s’ils étaient des proxies de haute qualité pour évaluer l’évolution du climat. Mais les tests ont montré clairement que son modèle n’a pas de signification statistique, c’est-à-dire qu’il n’est pas capable de reproduire de manière adéquate les températures du passé. Récemment, Mann a publié les scores d’autres tests, ne nie plus que le test r2 pour son modèle donne une valeur nulle, mais affirme dorénavant, en contradiction avec qu’il disait précédemment, que ce test n’avait jamais été fait sur son modèle.
Cet épisode de la crosse de hockey vous paraît-il représentatif des méthodes entourant les travaux du GIEC ?Oui. A l’époque, cette découverte récente et importante apparaissait tout juste dans la littérature scientifique, mais son résultat correspondait aux attentes du staff du GIEC. Ils ont alors autorisé Mann à rédiger le rapport évaluant son propre travail – un conflit d’intérêt évident. Puis ils ont abondamment promu le résultat malgré l’absence d’évaluation indépendante, tout le contraire de la méthodologie que le GIEC défend depuis son premier rapport de 1990. Visiblement, ils recherchaient des résultats bien précis et s’en sont emparés dès qu’ils étaient disponibles.
Sur le climat du dernier millénaire, où en est-on aujourd’hui ?D’abord, il faut savoir que la plupart des études importantes parues au cours des cinq dernières années utilisent toutes la même petite série de proxies, de sorte qu’elles ne sont pas réellement indépendantes. L’une des découvertes récentes les plus importantes est que les anneaux de croissance ralentissent depuis 1970 alors même que les températures augmentent. Les spécialistes appellent désormais cela le "problème de la divergence", comme si le fait de lui donner un nom atténuait son énormité. Car si les anneaux de croissance n’enregistrent pas le présent réchauffement, on ne peut guère les utiliser pour démontrer que le climat passé a été stable.
Avez-vous essayé de vérifier ainsi la validité d’autres travaux en climatologie ?Steve McIntyre l’a fait, mais il est excessivement difficile d’avoir accès aux données et à une présentation claire de la méthodologie. Son
blog donne des détails fascinants sur les efforts déployés pour répliquer de telles études. A chaque fois, il lui faut batailler avec les auteurs, les revues et les agences de financement pour obtenir les données. Pour ma part, j’ai aussi publié un papier dénonçant l’affirmation selon laquelle les mesures de température en surface par les thermomètres évitent tout biais non climatique. Et j’ai également rédigé un
livre avec Christopher Essex, un expert en thermodynamique, expliquant pourquoi les modèles et la science climatiques sont aussi incertains, et le resteront toujours.
Et pour l’avenir ? J’aimerais bien retourner à mes travaux économiques !
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