Les plantes étaient jusqu’à présent présentées comme un précieux allié dans la lutte contre le réchauffement climatique : elles sont capables de piéger les émissions humaines de CO2 en vue de favoriser leur croissance. Les plantes jeunes, du moins, car les forêts anciennes (comme l’Amazonie) produisent en réalité plus de gaz à effet de serre qu’elles n’en absorbent.
Hélas, les travaux de Frank Keppler (Institut Max Planck, Allemagne) et de ses collègues remettent en cause cette vision optimiste. Les chercheurs viennent en effet de montrer que les plantes produisent des quantités importantes de méthane (CH4). Le méthane est un gaz à effet de serre, présent en petites quantités dans l’atmopshère (2 ppm), mais bien plus puissant (23 fois) que le gaz carbonique. On considère que le niveau de méthane a triplé dans l’atmosphère depuis la révolution industrielle. Les principaux responsables sont le développement de l’élevage (bactéries méthanogènes dans le système digestif des ruminants) et celui de la riziculture (eaux stagnantes). Mais bien des événements naturels sont aussi des producteurs de méthane, comme les éruptions volcaniques (pic de 1991 dû à l’éruption du Mont Pinatubo par exemple) ou l’oscillation australe El Niño (pic de 1998). L’atmosphère terrestre a connu le méthane bien avant l’homme. Et le connaîtra après lui.
La découverte de l’équipe de Keppler vient bouleverser ce que l’on croyait savoir sur le méthane. Les chercheurs ont mis en évidence que les plantes produisent naturellement ce gaz à effet de serre lors de leur croissance, et cela en milieu aérobie (pourvu d’oxygène). On pensait auparavant que seuls les milieux anaérobies permettaient la production de CH4. Selon Keppler et ses collègues, les plantes émettraient 60 à 240 millions de tonnes de CH4 chaque année, soit 10 à 30 % des émissions constatées. Cela pourrait expliquer deux phénomènes qui étonnaient jusqu’alors les observateurs de la Terre : la présence accrue de méthane au-dessus des forêts tropicales, identifiée par les satellites ; et la baisse tendancielle des émissions de méthane depuis une vingtaine d’années, qui serait une conséquence (positive pour une fois) de la déforestation.
Faut-il donc abattre les arbres pour équilibrer le climat ? Non, rassurez-vous. En fait, il n’existe aucune corrélation claire entre les concentrations de méthane et de gaz carbonique d’une part, la température moyenne du globe d’autre part. Deux autres études récentes ont par exemple montré, à partir d’un forage de glace dans l’Antarctique, que l’atmosphère terrestre contient aujourd’hui des concentrations de CO2 et de méthane supérieures respectivement de 30% et de
130% ( !) à celles des 650 000 dernières années. Or, la température de notre actuelle phase interglaciaire est comparable à celle des précédentes, voire un peu
inférieure (Siegenthaler 2005 ; Spahni 2005).
Références
Frank Keppler, John T. G. Hamilton, Marc Bra, Thomas Röckmann, Methane emissions from terrestrial plants under aerobic conditions, Nature, 439, 187-191 (12 janvier 2006).
Siegenthaler, U. et al. (2005), Stable carbon cycle-climate relationship during the late Pleistocene. Science, 310, 1313-1317.
Spahni, R. et al. (2005), Atmospheric methane and nitrous oxide of the late Pleistocene from Antarctic ice cores, Science, 310, 1317-1321.
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