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Résister au réchauffement médiatique !

Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s'accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse... tout cela par la faute de l'homme, de l'émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier ? Oubliez-le.

Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
Une étude récemment parue constate que le glacier tropical africain Ruwenzori a perdu la moitié de ses glaces au cours des vingt dernières années. Et accuse le réchauffement global. Mais l’examen de ce travail de recherche montre ses incohérences : mauvaise estimation des températures, absence d’analyse de la fonte du Ruwenzori sur l’ensemble du XXe siècle (les deux tiers du glacier avaient déjà disparu avant 1980, selon un rythme comparable), absence d’examen sérieux des hypothèses alternatives.

Futura Sciences est un site sponsorisé par le WWF dont l’objectivité est bien connue dans les affaires climatiques. L’auteur de ces lignes a eu le malheur d’apporter un peu de contradiction sur ses forums, et les discussions y ont été fermées de manière autoritaire au bout de 48 heures, sous un prétexte fallacieux.

Ce même Futura Sciences, donc, rapporte dans une brève le travail tout récent d’une équipe de chercheurs dirigée par Richard Taylor (University College, Londres), consacré à la fonte des neiges des glaciers tropicaux africains, en l’occurrence les monts Ruwenzori, dont le pic éponyme culmine aujourd’hui à 5109 mètres. La conclusion est que le réchauffement récent d’origine anthropique est coupable. Et le rédacteur de la nouvelle, qui n’en est pas à une larme de crocodile près, conclut :
« Ce recul des glaciers n’est pas sans rappeler les récentes prévisions climatiques qui annonçaient que, bien que l’Afrique émette peu de gaz à effet de serre, c’est lui qui souffrira le plus du réchauffement climatique. »

Hélas, à la lecture de cette étude (Taylor 2006), les choses sont loin d’être aussi claires.

Premier problème : les auteurs mentionnent dans la synthèse que les températures de la région ont augmenté de 0,5°C par décennie au cours des quatre dernières années. Ce qui fait un réchauffement de plus de 2°C entre 1960 et 2000… qui n’est retrouvé dans une aucune base de données climatiques ! Ci-dessous, la carte de la base NASA-GISS montre au contraire que le réchauffement en région intertropicale a été modéré au cours du XXe siècle (données 1900-2004).

En y regardant de plus près, l’article mentionne ce chiffre de 0,5°C / décennie sur la base de stations météorologiques de l'Ouganda (à l’Est des monts Ruwenzori), mais il est précisé peu après qu'elles ont des "manques" et qu’elles n’ont pas été réalisées sur une très longue durée. S'ensuit une estimation bien plus raisonnable de 0,15°/décennie entre 1965 et 1998. Par ailleurs, les auteurs reconnaissent ne disposer d’aucune mesure en altitude, là où la fonte s'exerce (les neiges sont présentes entre 4700-4800 mètres et 5100 mètres). Ils la déduisent simplement en supposant l'« homogénéité thermique surface-troposphère ». C'est particulièrement mal venu puisque les Tropiques sont la seule latitude où les satellites et les radiosondes sont d'accord pour dire que le réchauffement a été nettement moindre en troposphère qu'en surface (voir notre article récent à ce sujet). Le réchauffement sur la période étudiée de fonte (1987-2003) a été de l’ordre de 0,25°C en surface, probablement moins en altitude.

Second problème : l’évolution des monts Ruwenzori sur le long terme.

Les auteurs rappellent les données disponibles depuis 1906, date de la première mesure. Cela donne (en km2, avec marge d’incertitude) :
1906 : 6,5
1955 : 3,81
1987 : 2,11 (+/-0,56)
1990 : 2,01 (+/-0,11)
1995 : 1,50 (+/-0,36)
2003 : 0,96 (+/-0,34)

Les deux tiers des glaciers avaient déjà disparu entre le début du siècle et le début des années 80, soit une moyenne de 0,55km2 / décennie. On est à peu près dans la même fourchette sur les 20 dernières années, qui ne signent donc pas une accélération particulière du phénomène. Si l’on regarde de nouveau la carte des températures situées plus haut, on constate qu' unne bonne partie de la fonte du Ruwenzori s’est réalisé alors que les températures étaient stables, voire refroidissaient (1955-1987) !

En réalité, la grande majorité des glaciologues pense aujourd’hui que l’évolution des glaciers tropicaux (en Afrique comme en Amérique latine) est surtout due à l’humidité relative, à la nébulosité et aux variations d’insolation des sommets (voir Mölg 2003, Kaser 2004, Kaser 2005). L’équipe de R. Taylor exclut que les précipitations soient en cause, affirmant qu’elles ne présentent pas de tendances claires sur la période… mais ne donne pas les chiffres concernés.

Hélas, les glaciers tropicaux d'Afrique sont mal partis pour les prochaines décennies, sauf retournement de l'humidité et des flux (premier critère d'enneigement). Mais faire du réchauffement par CO2 anthropique le principal coupable n'est absolument pas établi sur les faits. Il est dommage de faire de la propagande politico-climatique sur le dos d’une Afrique qui n’a pas besoin de cela.

Références
Kaser G. et al. (2004), The behavior of modern low-latitude glaciers, Past Global Changes News, 12, 1, 15-17.
Kaser G. et al. (2005), Low-latitude glaciers: Unique global climate indicators and essential contributors to regional fresh water supply. A conceptual approach. In: Huber, U., H. K. M. Bugmann, and M. A. Reasoner (ed.), Global Change and Mountain Regions: A State of Knowledge Overview, Kluwer: New York, vol. 23., 185-196.
Mölg, T. et al. (2003), Solar-radiation-maintained glacier recession on Kilimanjaro drawn from combined ice-radiation geometry modeling, Journal of Geophysical Research, 108, D23, 4731, doi:10.1029/2003JD003546.
Taylor R.G. et al. (2006), Recent glacial recession in the Rwenzori Mountains of East Africa due to rising air temperatures, Geoph. Res. Lett., 33, LI042, doi : 10.1029/2006GL025962

Nous remercions Richard G. Taylor de nous avoir procuré une copie de son texte.
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