Avec ses 14 millions de km2 de glaces (20% de tout l'hémisphère Sud, 84% de la cryosphère), l'Antarctique est le réfrigérateur du monde. Sa fonte totale entraînerait une hausse du niveau des océans de 70 mètres - un scénario idéal pour un film catastrophe. Mais la réalité est assez éloignée de cette fiction. Malgré les prédictions des médias alarmistes, et à contre-courant des prévisions des modèles climatiques, il apparaît que l'Antarctique refroidit au lieu de se réchauffer. Le réchauffement y est en fait limité à la Péninsule, qui ne représente que 2% de la surface de l'Antarctique, mais mobilise pourtant 100% des prédictions catastrophistes.
Mars 2003. La plate-forme glaciaire Larsen B, située sur la côte occidentale de l'Antarctique, s'effondre sur elle-même. L'immense bloc de glace - 3250 km2, 720 milliards de tonnes - s'éparpille en des milliers d'icebergs qui dérivent dans la mer de Weddell. Le réchauffement climatique est immédiatement incriminé. Ted Scambos, chercheur au NSIDC (Centre national de données sur la neige et les glaces, Etats-Unis) déclara à l'AFP : "Ces découvertes établissent une relation tangible entre le réchauffement climatique et la désintégration récente à grande échelle de certaines plates-formes glacières de l'Antarctique. Le processus risque de s'étendre si les températures estivales dans l'Antarctique continuent de monter". Si la plate-forme de Ross, située au sud du continent blanc, suit le même chemin, ce sont 500.000 km2 de glaces (l'équivalent de la France) qui s'effondreront dans la mer. Le WWF (Fonds mondial de la nature) en tire immédiatement les conclusions qui s'imposent : "Cette évolution dramatique montre du doigt les risques qu'il y a pour les gouvernements à ignorer le réchauffement planétaire. Le minimum que les Etats puisse faire est de ratifier le protocole de Kyoto. Kyoto est aujourd'hui notre seule défense face au réchauffement mondial, même si l'accord ne fait qu'effleurer les problèmes". Car si tout l'Antarctique fond, le niveau des mers grimpera de 70 mètres et la plupart des grandes métropoles côtières seront purement et simplement rayées de la carte.
On aimerait dire que tout cela fait froid dans le dos, mais l'expression semble mal placée.
Le WWF ne se trompe pas sur un point : les accords de Kyoto relatifs au CO2 ne font qu'effleurer le problème, au moins quand on parle de l'Antarctique. En fait, ils ne l'effleurent même pas : la dislocation de la calotte flottante Larsen B n'a sans doute rien à voir avec le réchauffement climatique global.
Le cas Larsen B n'est pas isolé
En 2005, l'équipe d'Eugen Domack a publié dans Nature une analyse de six sédiments marins extraits des glaces à la proximité de la plate-forme glaciaire Larsen B. Les auteurs ont découvert que l'effondrement de celle-ci est un événement unique (en ce lieu) depuis le Holocène, c'est-à-dire depuis la fin de la dernière phase de glaciation, voici 10.000 ans. Ils en ont conclu que le phénomène a deux sources : un lent amincissement de la plate-forme tout au long de l'actuelle période interglaciaire (de l'ordre de quelques dizaines de mètres) et un fort réchauffement constaté depuis cinquante ans dans la Péninsule antarctique (Domack 2005). Voici donc deux coupables, et non plus un seul : d'une part, le travail à long terme du réchauffement propre aux périodes interglaciaires comme la nôtre ; d'autre part, une accélération très récente de ce même réchauffement - récente et anormale au regard du réchauffement constaté ailleurs.
Une autre étude, parue la même année dans le journal Geology, relève quant à elle que le phénomène Larsen B n'est pas isolé au Holocène. L'équipe de Mike Bentley a cette fois étudié une autre plate-forme glaciaire de la même région occidentale de l'Antarctique, George VI, selon un procédé similaire d'analyse sédimentaire. Or, il apparaît que la plate-forme George Vi a presque totalement disparu voici 9.500 ans, avant de se reformer 1.500 plus tard. Ce retrait semble dû à une modification des courants marins, qui faisait suite à une période réchauffement. Les auteurs en concluent que le réchauffement de l'air est un facteur surestimé dans l'évolution des plates-formes glaciaires, alors que la température de l'eau joue un rôle plus important qu'on ne le pense dans leur érosion lente ou rapide. Ils précisent : "la variabilité du couple océan-atmosphère était plus forte au début du Holocène que ans les décennies récentes". Ils signalent par ailleurs que d'autres études ont montré l'existence d'un courant chaud (Circumpolar Deep Water) contribuant fortement à la fonte de plates-formes situées dans la baie de l'Ile Pine (Bentley 2005).
En réalité, la fonte des plate-formes glaciaires au cours des 10.000 dernières années est un phénomène relativement bien documenté (Pudsey 2001). Mais la plupart de ces plate-formes étaient soit de plus petite taille, soit situées à la limite climatique de leur viabilité. Le cas Larsen B paraît donc un peu différent et mérite que l'on se penche sur le réchauffement survenue dans la région depuis quelques décennies.

Le réchauffement de la Péninsule est une réalité
La Péninsule antarctique (où se situait la plate-forme Larsen B) est située à l'extrémité occidentale de l'Antarctique. Pointant vers l'Amérique du Sud dans l'océan Atlantique, elle représente environ 2% de la surface du continent blanc. Elle est entourée par la mer de Weddell au Nord et de Bellingshausen au Sud. C'est dans cette partie méridionale que l'on a enregistré les réchauffements les plus élevés des cinquante dernières années. La station de Vernadksy (anciennement Faraday) a ainsi relevé une hausse décennale moyenne d'environ 0,5°C, soit 2,5°C entre 1950 et 2000. En conséquence de ce réchauffement local, la fonte des plates-formes glaciaires et des glaciers est particulièrement rapide. Sur 244 glaciers marins de la Péninsule (côtes ou îles), 87% ont reculé au cours des 61 dernières années (Cook 2005). Les chercheurs estiment que "ce mouvement est compatible avec un retrait dû au réchauffement atmosphérique, mais la rapidité de cette évolution suggère que ce n'est pas le seul facteur guidant le retrait des glaces dans cette région".
Le spectre d'une fonte massive de ces glaces antarctiques, régulièrement agité, est cependant bien moins effrayant lorsque l'on prend la peine d'en dresser des mesures exactes. Ainsi une étude d'A. Shepherd et al., paru dans Science en 2004, concerne le glacier de l'Ile Pine, l'un des plus importants de la plaque occidentale de l'Antarctique. L'équipe de Shepherd a analysé par altimétrie et interférométrie l'évolution du glacier entre 1992 et 1999 : il en résulte que le massif a perdu 1,6 mètre par année en moyenne sur cette période, de manière constante (sans accélération progressive de la fonte). Première conclusion : "Si le massif continue de perdre sa masse au rythme actuel, il aura entièrement disparu dans 600 ans". Deuxième conclusion : les checheurs "estiment que la contribution nette au niveau eustatique de la mer sera de 6 mm" (Shepherd 2004). Six siècles pour se préparer à 6 mm de hausse des eaux : ce n'est pas le fameux "jour d'après" qu'Hollywood et certains lobbies écologistes nous promettent...
En fait, aucun climatologue ne s'avance aujourd'hui pour établir un rapport de cause à effet entre le réchauffement global et les conditions particulières de la péninsule Antarctique. D'une part, d'autres phénomènes peuvent expliquer ces conditions : changement régional dans la circulation océanographique ou atmosphérique, rétroaction positive de l'effet de serre et de la fonte de la banquise, influences interannuelles et interdécennales du mode annulaire sud (équivalent de l'oscillation arctique) et d'El Niño (ENSO), dont le signal depuis le Pacifique tropical est perceptible jusque sur les côtes de l'Antarctique. (Vaughan 2003).
Par ailleurs, certaines zones du Pôle Sud ont exhibé dans le passé des variations tout aussi importantes et brusques. A partir de mesures de l'air piégé dans la glace au site de Siple Dome, l'équipe de K.C. Taylor (2004) a ainsi montré que la région a connu un réchauffement brusque de 6°C voici 22.000 ans, l'événement n'étant pas documenté dans d'autres prélèvements effectués à 500 km. "Cela démontre qu'il a existé une hétérogénéité spatiale significative dans la réponse du climat antarctique au cours de la dernière déglaciation et attire l'attention sur les mécanismes inexpliqués de brusques changements climatiques dans l'Antarctique", concluent les chercheurs. Quant au mouvement de déglaciation, relativement stabilisé dans le reste du monde, il est documenté depuis plus de 10.000 ans dans la Péninsule antarctique (Stone 2003). Inversement, une étude menée sur 1,8 millions d'années (remontant donc au Pléistocène) montre que les glaces de l'Antarctique occidental n'ont jamais entièrement fondu alors même que la température moyenne du globe a été plus élevée qu'aujourd'hui au cours de certains épisodes interglaciaires (Hillenbrand 2002).

L’Antarctique dans sa globalité refroidit
A mesure que l'on s'éloigne de l'extrémité occidentale de l'Antarctique, on comprend mieux la prudence des climatologues les plus enclins à accuser le "réchauffement global" de tous nos maux météorologiques. Car les 2% de la Péninsule, si médiatisés, font presque oublier les 98% du reste du Continent blanc. Et là, les données ne correspondent pas vraiment à l'alarmisme ambiant.
Concernant la température, l'équipe de John Turner (British Antarctic Survey) a analysé les données de 19 stations terrestres de l'Antarctique sur les cinquante dernières années (Turner 2005). 11 d'entre elles montrent un réchauffement, 7 un refroidissement (les données de la dernière ne sont pas exploitables). Par ailleurs, dans toutes les stations sauf deux, le réchauffement a été plus faible (ou le refroidissement plus fort) entre 1971-2000 qu'entre 1961-1990. Ce qui signifie que le Pôle Sud est globalement en train de refroidir, et non de se réchauffer comme on l'annonce régulièrement. Ainsi, quatre des stations côtières sur dix sont passées d'une phase de réchauffement à une phase de refroidissement. Au Pôle lui-même, le taux de refroidissement s'est intensifié d'un facteur six sur cette période.
Une autre étude, publiée en 2002, concernait 30 années (1969-1998) de mesures par radiosonde sur 7 stations, 32 années (1969-2000) de mesures en stations terrestres et 22 années (1979-2000) de mesures dans la troposphère au-dessus de l'Antarctique. Elle avait déjà abouti à la même conclusion : alors que la Péninsule montre une tendance nette et rapide au réchauffement, le reste de l'Antarctique montre un léger refroidissement (Thompson 2002). Les mesures de la température globale de l'Antarctique (toutes zones confondues) par stations terrestres et satellites montre un refroidissement annuel de 0,008°C (station) à 0,042°C (satellite) entre 1979 et 1998 (Cosmiso 2000).

Les glaces progressent vers l’Equateur
Si l'Antarctique refroidit à l'exception de sa Péninsule occidentale, le volume global de ses glaces devrait augmenter. Et c'est le cas.
L'équipe de Curt H. Davis a étudié les chutes de neige sur la banquise Est de l'Antarctique (au Nord de 81,6°S), entre 1992 et 2003, par mesure satellitaire d'altimétrie. Il en ressort que la banquise a gagné en moyenne 45 millions de tonnes par an (soit un gain d'épaisseur annnuel de 1,8 cm). Les auteurs concluent : "un gain de cette magnitude est suffisant pour ralentir la hausse du niveau la mer de 0,12 mm (+/- 0,02) par an". Cette région intérieure représente environ 70% de la surface totale de l'Antarctique - elle s'étend sur 8 millions de km2, soit l'équivalent des Etats-Unis - mais plus de 85% de son volume glaciaire (Davis 2005).
Trois autres travaux récents ont confirmé le phénomène. X. Yuan et D.G. Martinson ont utilisé les données satellitaires pour analyser l'évolution globale de la banquise antarctique sur 18 années (Yuan 2000). Il en ressort que cette banquise a progressé vers l'Equateur de 0,011 degré de latitude chaque année. Les mêmes données satellitaires ont permis une estimation volumétrique du gain sur la période 1979-2002 : la banquise a gagné chaque année 4,801 km2 de glace, et même 13,295 km2 si l'on inclut les zones océaniques où la concentration de glace atteint 15% (Liu 2004). Une autre analyse, sur une durée plus courte (1995-2000), mais avec des données bien plus nombreuses (125 milliards de mesures altimétriques par le satellite européen ERS-2), a montré dans la partie orientale de l'Antarctique des gains annuels moyens de 1 +/- 0,6 cm de glace, dans la partie occidentale des pertes annuelles de 3,6 +/- 1 cm, ce qui représente un solde positif global pour l'Antarctique de 0,4 +/- 0,4 cm par an (Davis 2004).
Conclusions
- Le réchauffement de l’Antarctique est en fait limité à la Péninsule, qui ne représente que 2% de la surface du Pôle Sud. Compte tenu de son ampleur, ce réchauffement local est probablement dû à d’autres causes que le réchauffement global.
- Pris dans sa globalité, l’Antarctique refroidit régulièrement depuis plusieurs décennies. Le volume de ses glaces augmente et progresse vers l’Equateur. Dans la mesure où le Continent Blanc représente plus des quatre-cinquièmes des glaces de la planète, cela signifie que le spectre de la « fonte généralisée des glaces par la faute de l’homme » est une légende.
Références
Bentley M.J. et al. (2005), Early Holocene retreat of George VI, Ice Shelf, Antarctic Peninsula, Geology, 33, 3, 173-176
Chapman W.L., J.E. Walsh (2005), A synthesis of Antarctic temperatures, submitted.
Cook A.J. et al. (2005), Retreating glacier fronts on the Antarctic Peninsula over the past half-century, Science, 308, 541-544.
Cosmiso J.C. (2000), Variability and trends in Antarctic surface temperatures from in situ and satellite infrared measurments, Journal of Climate, 13, 1674-1696.
Davis C.H., A.C. Ferguson (2004), Elevation change of the Antarctic ice sheet, 1995-2000, from ERS-2 satellite radar altimetry, IEEE Transactions on Geoscience and Remote Sensing, 42, 2437-2445.
Davis C.H. et al. (2005), Snow-fall driven growth in East Antarctic ice sheet mitigates recent sea-level rise, Science, 308, 1898-1901.
Domack E. et al. (2005), Stability of the Larsen B ice shelf on the Antarctic Peninsula during the Holocene epoch, Nature, 436, 681-685.
Hillenbrand C.D. et al. (2002), No evidence for a Pleistocene collapse of the West Antarctic ice sheet from continental margin sediments recovered in the Amundsen sea, Geo-Marine Letters, 22, 51-59.
Jay Zwally H. et al., Variability of Antarctic sea ice 1979-1998, Journal of Geophysical Research,
Liu J. et al. (2004), Interpretation of recent Antarctic sea ice variability, Geopysical Research Letters,
Pudsey, C.J. et J. Evans (2001), First survey of Antarctic sub-ice shelf sediments reveals mid-Holocene ice shelf retreat, Geology, 29, 787-790.
Stone J.O. et al. (2003), Holocene deglaciation of Marie Byrd Land, West Antarctica, Science, 299, 99-102.
Taylor, K.C. et R.B. Alley (2004). Two-dimensional electrical stratigraphy of the Siple Dome, Antarctica ice core, Journal of Glaciology, 50, 231-235.
Taylor, K.C. et al. (2004), Abrupt late glacial climate change in the Pacific sector of Antarctica. Quaternary Science Reviews, 23, 7-15.
Thomson D.W., S. Solomon (2002), Interpration of recent Southern Hemisphere climate change, Science, 296, 895-899.
Turner J. et al. (2005), Antarctic climate change during the last 50 years, International Journal of Climatology, 25, 3, 279-294.
Vaughan D.G. et al. (2003), Recent rapid regional warming on the Antarctic Peninsula, Climate Change, 60, 243-274.
Watkins A.B., I. Simmonds (2000), Current trnds in Antarctic sea ice : The 1990’s impact on a short climatology, Journal of Climate, 13, 4441-4451.
Yuan X., D.G. mrtinson (2000), Antarctic sea ice variability an dits global connectivity, Journal of Climate, 13, 1697-1717.
107, 42-49. 31, 10.1029/2033GL01872.
Mars 2003. La plate-forme glaciaire Larsen B, située sur la côte occidentale de l'Antarctique, s'effondre sur elle-même. L'immense bloc de glace - 3250 km2, 720 milliards de tonnes - s'éparpille en des milliers d'icebergs qui dérivent dans la mer de Weddell. Le réchauffement climatique est immédiatement incriminé. Ted Scambos, chercheur au NSIDC (Centre national de données sur la neige et les glaces, Etats-Unis) déclara à l'AFP : "Ces découvertes établissent une relation tangible entre le réchauffement climatique et la désintégration récente à grande échelle de certaines plates-formes glacières de l'Antarctique. Le processus risque de s'étendre si les températures estivales dans l'Antarctique continuent de monter". Si la plate-forme de Ross, située au sud du continent blanc, suit le même chemin, ce sont 500.000 km2 de glaces (l'équivalent de la France) qui s'effondreront dans la mer. Le WWF (Fonds mondial de la nature) en tire immédiatement les conclusions qui s'imposent : "Cette évolution dramatique montre du doigt les risques qu'il y a pour les gouvernements à ignorer le réchauffement planétaire. Le minimum que les Etats puisse faire est de ratifier le protocole de Kyoto. Kyoto est aujourd'hui notre seule défense face au réchauffement mondial, même si l'accord ne fait qu'effleurer les problèmes". Car si tout l'Antarctique fond, le niveau des mers grimpera de 70 mètres et la plupart des grandes métropoles côtières seront purement et simplement rayées de la carte.
On aimerait dire que tout cela fait froid dans le dos, mais l'expression semble mal placée.
Le WWF ne se trompe pas sur un point : les accords de Kyoto relatifs au CO2 ne font qu'effleurer le problème, au moins quand on parle de l'Antarctique. En fait, ils ne l'effleurent même pas : la dislocation de la calotte flottante Larsen B n'a sans doute rien à voir avec le réchauffement climatique global.
Le cas Larsen B n'est pas isolé
En 2005, l'équipe d'Eugen Domack a publié dans Nature une analyse de six sédiments marins extraits des glaces à la proximité de la plate-forme glaciaire Larsen B. Les auteurs ont découvert que l'effondrement de celle-ci est un événement unique (en ce lieu) depuis le Holocène, c'est-à-dire depuis la fin de la dernière phase de glaciation, voici 10.000 ans. Ils en ont conclu que le phénomène a deux sources : un lent amincissement de la plate-forme tout au long de l'actuelle période interglaciaire (de l'ordre de quelques dizaines de mètres) et un fort réchauffement constaté depuis cinquante ans dans la Péninsule antarctique (Domack 2005). Voici donc deux coupables, et non plus un seul : d'une part, le travail à long terme du réchauffement propre aux périodes interglaciaires comme la nôtre ; d'autre part, une accélération très récente de ce même réchauffement - récente et anormale au regard du réchauffement constaté ailleurs.
Une autre étude, parue la même année dans le journal Geology, relève quant à elle que le phénomène Larsen B n'est pas isolé au Holocène. L'équipe de Mike Bentley a cette fois étudié une autre plate-forme glaciaire de la même région occidentale de l'Antarctique, George VI, selon un procédé similaire d'analyse sédimentaire. Or, il apparaît que la plate-forme George Vi a presque totalement disparu voici 9.500 ans, avant de se reformer 1.500 plus tard. Ce retrait semble dû à une modification des courants marins, qui faisait suite à une période réchauffement. Les auteurs en concluent que le réchauffement de l'air est un facteur surestimé dans l'évolution des plates-formes glaciaires, alors que la température de l'eau joue un rôle plus important qu'on ne le pense dans leur érosion lente ou rapide. Ils précisent : "la variabilité du couple océan-atmosphère était plus forte au début du Holocène que ans les décennies récentes". Ils signalent par ailleurs que d'autres études ont montré l'existence d'un courant chaud (Circumpolar Deep Water) contribuant fortement à la fonte de plates-formes situées dans la baie de l'Ile Pine (Bentley 2005).
En réalité, la fonte des plate-formes glaciaires au cours des 10.000 dernières années est un phénomène relativement bien documenté (Pudsey 2001). Mais la plupart de ces plate-formes étaient soit de plus petite taille, soit situées à la limite climatique de leur viabilité. Le cas Larsen B paraît donc un peu différent et mérite que l'on se penche sur le réchauffement survenue dans la région depuis quelques décennies.

La Péninsule (petit rectangle noir en bas à gauche) est située à l'extrémité occidentale de l'Antarctique (source). Quand les médias affirment que "l'Antarctique se réchauffe et perd ses glaces", ils omettent parfois de signaler à leurs lecteurs que seule cette zone est concernée par un réchauffement récent, rapide et local. Mais le reste du Continent blanc a tendance à refroidir.
Le réchauffement de la Péninsule est une réalité
La Péninsule antarctique (où se situait la plate-forme Larsen B) est située à l'extrémité occidentale de l'Antarctique. Pointant vers l'Amérique du Sud dans l'océan Atlantique, elle représente environ 2% de la surface du continent blanc. Elle est entourée par la mer de Weddell au Nord et de Bellingshausen au Sud. C'est dans cette partie méridionale que l'on a enregistré les réchauffements les plus élevés des cinquante dernières années. La station de Vernadksy (anciennement Faraday) a ainsi relevé une hausse décennale moyenne d'environ 0,5°C, soit 2,5°C entre 1950 et 2000. En conséquence de ce réchauffement local, la fonte des plates-formes glaciaires et des glaciers est particulièrement rapide. Sur 244 glaciers marins de la Péninsule (côtes ou îles), 87% ont reculé au cours des 61 dernières années (Cook 2005). Les chercheurs estiment que "ce mouvement est compatible avec un retrait dû au réchauffement atmosphérique, mais la rapidité de cette évolution suggère que ce n'est pas le seul facteur guidant le retrait des glaces dans cette région".
Le spectre d'une fonte massive de ces glaces antarctiques, régulièrement agité, est cependant bien moins effrayant lorsque l'on prend la peine d'en dresser des mesures exactes. Ainsi une étude d'A. Shepherd et al., paru dans Science en 2004, concerne le glacier de l'Ile Pine, l'un des plus importants de la plaque occidentale de l'Antarctique. L'équipe de Shepherd a analysé par altimétrie et interférométrie l'évolution du glacier entre 1992 et 1999 : il en résulte que le massif a perdu 1,6 mètre par année en moyenne sur cette période, de manière constante (sans accélération progressive de la fonte). Première conclusion : "Si le massif continue de perdre sa masse au rythme actuel, il aura entièrement disparu dans 600 ans". Deuxième conclusion : les checheurs "estiment que la contribution nette au niveau eustatique de la mer sera de 6 mm" (Shepherd 2004). Six siècles pour se préparer à 6 mm de hausse des eaux : ce n'est pas le fameux "jour d'après" qu'Hollywood et certains lobbies écologistes nous promettent...
En fait, aucun climatologue ne s'avance aujourd'hui pour établir un rapport de cause à effet entre le réchauffement global et les conditions particulières de la péninsule Antarctique. D'une part, d'autres phénomènes peuvent expliquer ces conditions : changement régional dans la circulation océanographique ou atmosphérique, rétroaction positive de l'effet de serre et de la fonte de la banquise, influences interannuelles et interdécennales du mode annulaire sud (équivalent de l'oscillation arctique) et d'El Niño (ENSO), dont le signal depuis le Pacifique tropical est perceptible jusque sur les côtes de l'Antarctique. (Vaughan 2003).
Par ailleurs, certaines zones du Pôle Sud ont exhibé dans le passé des variations tout aussi importantes et brusques. A partir de mesures de l'air piégé dans la glace au site de Siple Dome, l'équipe de K.C. Taylor (2004) a ainsi montré que la région a connu un réchauffement brusque de 6°C voici 22.000 ans, l'événement n'étant pas documenté dans d'autres prélèvements effectués à 500 km. "Cela démontre qu'il a existé une hétérogénéité spatiale significative dans la réponse du climat antarctique au cours de la dernière déglaciation et attire l'attention sur les mécanismes inexpliqués de brusques changements climatiques dans l'Antarctique", concluent les chercheurs. Quant au mouvement de déglaciation, relativement stabilisé dans le reste du monde, il est documenté depuis plus de 10.000 ans dans la Péninsule antarctique (Stone 2003). Inversement, une étude menée sur 1,8 millions d'années (remontant donc au Pléistocène) montre que les glaces de l'Antarctique occidental n'ont jamais entièrement fondu alors même que la température moyenne du globe a été plus élevée qu'aujourd'hui au cours de certains épisodes interglaciaires (Hillenbrand 2002).

Evolution des températures de l'Aractique au cours des 240 000 dernières années, reconstituée grâce à l'analyse du deutérium dans les forages de Vostok (source: NOAA Ice Core Gateway). On constate que le Continent blanc a connu des périodes plus chaudes dans le passé, à un âge où l'influence humaine était évidemment inexistante. Même lors de ces réchauffements antérieurs, les glaces de la Péninsule occidentale n'ont jamais entièrement fondu.
L’Antarctique dans sa globalité refroidit
A mesure que l'on s'éloigne de l'extrémité occidentale de l'Antarctique, on comprend mieux la prudence des climatologues les plus enclins à accuser le "réchauffement global" de tous nos maux météorologiques. Car les 2% de la Péninsule, si médiatisés, font presque oublier les 98% du reste du Continent blanc. Et là, les données ne correspondent pas vraiment à l'alarmisme ambiant.
Concernant la température, l'équipe de John Turner (British Antarctic Survey) a analysé les données de 19 stations terrestres de l'Antarctique sur les cinquante dernières années (Turner 2005). 11 d'entre elles montrent un réchauffement, 7 un refroidissement (les données de la dernière ne sont pas exploitables). Par ailleurs, dans toutes les stations sauf deux, le réchauffement a été plus faible (ou le refroidissement plus fort) entre 1971-2000 qu'entre 1961-1990. Ce qui signifie que le Pôle Sud est globalement en train de refroidir, et non de se réchauffer comme on l'annonce régulièrement. Ainsi, quatre des stations côtières sur dix sont passées d'une phase de réchauffement à une phase de refroidissement. Au Pôle lui-même, le taux de refroidissement s'est intensifié d'un facteur six sur cette période.
Une autre étude, publiée en 2002, concernait 30 années (1969-1998) de mesures par radiosonde sur 7 stations, 32 années (1969-2000) de mesures en stations terrestres et 22 années (1979-2000) de mesures dans la troposphère au-dessus de l'Antarctique. Elle avait déjà abouti à la même conclusion : alors que la Péninsule montre une tendance nette et rapide au réchauffement, le reste de l'Antarctique montre un léger refroidissement (Thompson 2002). Les mesures de la température globale de l'Antarctique (toutes zones confondues) par stations terrestres et satellites montre un refroidissement annuel de 0,008°C (station) à 0,042°C (satellite) entre 1979 et 1998 (Cosmiso 2000).

L'analyse par satellite de la température atmosphérique (troposphère) au-dessus du Pôle Sud (82°S) ne montre aucun signe de réchauffement entre 1979 et 2005, mais un léger refroidissement (-0,02°C). Source : UAH.
Les glaces progressent vers l’Equateur
Si l'Antarctique refroidit à l'exception de sa Péninsule occidentale, le volume global de ses glaces devrait augmenter. Et c'est le cas.
L'équipe de Curt H. Davis a étudié les chutes de neige sur la banquise Est de l'Antarctique (au Nord de 81,6°S), entre 1992 et 2003, par mesure satellitaire d'altimétrie. Il en ressort que la banquise a gagné en moyenne 45 millions de tonnes par an (soit un gain d'épaisseur annnuel de 1,8 cm). Les auteurs concluent : "un gain de cette magnitude est suffisant pour ralentir la hausse du niveau la mer de 0,12 mm (+/- 0,02) par an". Cette région intérieure représente environ 70% de la surface totale de l'Antarctique - elle s'étend sur 8 millions de km2, soit l'équivalent des Etats-Unis - mais plus de 85% de son volume glaciaire (Davis 2005).
Trois autres travaux récents ont confirmé le phénomène. X. Yuan et D.G. Martinson ont utilisé les données satellitaires pour analyser l'évolution globale de la banquise antarctique sur 18 années (Yuan 2000). Il en ressort que cette banquise a progressé vers l'Equateur de 0,011 degré de latitude chaque année. Les mêmes données satellitaires ont permis une estimation volumétrique du gain sur la période 1979-2002 : la banquise a gagné chaque année 4,801 km2 de glace, et même 13,295 km2 si l'on inclut les zones océaniques où la concentration de glace atteint 15% (Liu 2004). Une autre analyse, sur une durée plus courte (1995-2000), mais avec des données bien plus nombreuses (125 milliards de mesures altimétriques par le satellite européen ERS-2), a montré dans la partie orientale de l'Antarctique des gains annuels moyens de 1 +/- 0,6 cm de glace, dans la partie occidentale des pertes annuelles de 3,6 +/- 1 cm, ce qui représente un solde positif global pour l'Antarctique de 0,4 +/- 0,4 cm par an (Davis 2004).
Conclusions
- Le réchauffement de l’Antarctique est en fait limité à la Péninsule, qui ne représente que 2% de la surface du Pôle Sud. Compte tenu de son ampleur, ce réchauffement local est probablement dû à d’autres causes que le réchauffement global.
- Pris dans sa globalité, l’Antarctique refroidit régulièrement depuis plusieurs décennies. Le volume de ses glaces augmente et progresse vers l’Equateur. Dans la mesure où le Continent Blanc représente plus des quatre-cinquièmes des glaces de la planète, cela signifie que le spectre de la « fonte généralisée des glaces par la faute de l’homme » est une légende.
Références
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Chapman W.L., J.E. Walsh (2005), A synthesis of Antarctic temperatures, submitted.
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