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Résister au réchauffement médiatique !

Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s'accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse... tout cela par la faute de l'homme, de l'émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier ? Oubliez-le.

Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
Les régions polaires se réchauffent plus rapidement que le reste de la planète, les glaces fondent à vitesse vertigineuse, la banquise se disloque, le niveau des mers grimpe inexorablement, les ours blancs vont disparaître, les Inuits sont menacés... et le responsable de ces désastres en chaîne s'appelle : réchauffement global de la planète par la faute de l'homme, en l'occurrence des émissions de gaz à effet de serre. Qui n'a jamais entendu cette litanie dans les médias ? Pourtant, l'examen attentif de la littérature scientifique révèle une tout autre histoire : les pôles sont soumis à d'importantes oscillations naturelles, les années 1930 et 1940 y furent aussi chaudes que la fin du XXe siècle, la planète semble s'être réchauffée plus vite que ses pôles, certains glaciers progressent quand d'autres reculent, rien ne permet d'incriminer avec certitude les gaz à effet de serre.


Le Monde n'a pas la réputation d'être un journal fantaisiste, faisant du sensationnalisme et du catastrophisme dans le seul but d'augmenter ses ventes. Voici ce que l'on pouvait y lire à date récente concernant l'Arctique :

"L'Arctique et l'Antarctique constituent des témoins privilégiés des changements climatiques, auxquels leurs écosystèmes se montrent particulièrement vulnérables. Déjà, au cours du XXe siècle, alors que la hausse moyenne des températures à la surface du globe a été de 0,6°C, ils ont été plus fortement affectés que d'autres régions" (Pierre Le Hir, Le Monde, 26 septembre 2003)

"Le Nunavut devra-t-il bientôt changer d'emblème ? L'ours blanc, nanuq en inuktitut, qui trône sur son écusson, aura disparu du Grand Nord 'd'ici cinquante à soixante-dix ans à cause des changements climatiques', prédit Sheila Watt-Cloutier, présidente de la Conférence circumpolaire inuite, qui représente les 155.000 Inuits de l'Arctique. Les experts internationaux l'affirment : l'Arctique sera la région du monde la plus durement touchée par les changements climatiques. Les observations se multiplient et les nouvelles ne sont pas bonnes : réchauffement des températures (plus du double qu'ailleurs), fonte accélérée des glaciers, du pergélisol, de la banquise." (Anne Pélouas, Le Monde, 16 juin 2004).

"'Dans les années 1980, le signal était ambigu. Dans les années 1990, la tendance est devenue nette. Dans les années 2000, elle est manifeste : l'Arctique fond' A bord du brise-glace de recherche Amundsen, dont il parcourt avec vélocité les coursives truffées de petits laboratoires, Louis Fortier, de l'Université Laval de Québec, résume le consensus scientifique à propos des glaces de l'Océan Arctique. Elles se réduisent continuellement" (Hervé Kempf, Le Monde, 27 octobre 2004).


Trois auteurs, trois dates, un seul constat : le Grand Nord est mal en point. Il se réchauffe à vitesse accélérée et ses glaces en subissent le contrecoup.

Les journalistes ne font ici que répéter les conclusions du Groupe intergouvernemental pour l'étude du climat (GIEC) et aussi, dans le cas précis du Pôle Nord, du Comité scientifique international Arctique (IASC). Ce dernier est une organisation non-gouvernementale, qui travaille de concert avec le Conseil Arctique, instance politique regroupant des représentants du Canada, des Etats-Unis, de la Norvège, de la Finlande, de la Suède, du Danemark, de l'Islande et de la Russie. Ces deux organisations ont publié en 2004 un rapport intitulé Arctic Climate Impact Assessment, dont la seule part scientifique pèse plus de 1000 pages (cf. Arctic Council, IASC 2005).

La cause semble donc entendue : le piteux état climatique de la région arctique est un de ces fameux "consensus" de la communauté scientifique. Or, il n'en est rien, comme nous allons le voir. Le consensus n'existe pas sur le réchauffement global de la planète et ses causes ; et moins encore en ce qui concerne l'Arctique. Pour le comprendre, il faut d'abord présenter cette région du monde et les conditions particulières qui régissent son climat.


Au Nord de la Terre

L'Arctique est la région la plus septentrionale de la Terre, centrée autour du Pôle Nord. Les limites de l'Arctique varient légèrement selon les définitions. La limite astronomique est fixée par le cercle arctique, parallèle situé à 66°32' de latitude Nord. Au Nord de ce cercle, le soleil ne se couche jamais entre l'équinoxe de printemps et celui d'automne, en raison de l'inclinaison de l'axe de la Terre par rapport au plan de son orbite autour du soleil. Le phénomène inverse existe bien sûr au Pôle Sud, au-delà du cercle polaire antarctique. D'un point de vue climatique, la limite de l'Arctique n'est pas aussi nette. La frontière la plus souvent choisie est celle d'un isotherme de 10°C au mois le plus chaud (juillet). La zone ainsi définie est alors  plus irrégulière, frôlant les latitudes 90°N en Europe mais descendant par exemple jusqu'à la latitude 60°N, au-delà du détroit de Béring (limite rouge sur la carte ci-dessous, source).



Au centre de l'Arctique se trouve un océan, recouvert d'une banquise permanente peu épaisse (2 à 3 mètres). Cette banquise est mobile : sa taille et sa configuration varient selon les saisons (et divers éléments climatiques, comme les vents par exemple). Autour de cet océan, la zone arctique s'étend jusqu'au Nord des Etats-Unis, du Canada, de l'Europe et de l'Asie. Elle inclut la plus grande île du monde, le Groenland.

Si l'Arctique paraît une vaste étendue froide, les climatologues y distinguent en fait cinq sous-climats (Vigneau 2005). Ceux-ci varient selon la température moyenne, l'amplitude annuelle, la température des mois le plus chaud et le plus froid, la pluviométrie. Le climat le plus froid (PNa) est par exemple celui du centre de l'inlandsis groenlandais, où la température ne monte jamais au-dessus de -11°C (moyenne annuelle de -30°C). Elle peut aller au-dessus de 0°C dans le bassin arctique (PNb), zone marquée par une forte amplitude annuelle des températures (jusqu'à 43°C).

Contrairement aux propos des journalistes du Monde rapportés au début de cet article, semblables à ceux de la plupart de leurs confrères, il n'existe aujourd'hui aucun consensus scientifique sur la mesure du réchauffement climatique en Arctique, sur l'amplitude de la fonte estivale de ses glaces ni sur les causes premières de ces phénomènes. Il va de soi que le consensus n'existe pas plus concernant les projections des données actuelles sur le XXIe siècle.


Un réchauffement moins marqué que prévu

Le climatologue polonais Rajmund Przybylak a publié une dizaine d'études sur les climats nordiques et arctiques, ainsi qu'un récent livre de référence sur la question (Przybylak 2003). Ses conclusions provisoires sont opposées à celles du GIEC et de l'IASC.

En 2002, R. Przybylak a livré une analyse détaillée des températures arctiques, à partir de 10 stations météos représentant l'ensemble des sous-climats de la région. Entre 1951 et 1990, le climatologue a analysé la température moyenne, maximale et minimale ainsi que l'amplitude diurne, pour aboutir à une évolution des tendances intra-saisonnières et inter-annuelles sur quatre décennies. La majorité des données ainsi rassemblées ne se révèle "pas significative", c'est-à-dire sans tendance claire au réchauffement ou au refroidissement. Les variations intra-saisonnières sont plutôt positives pour l'Arctique norvégien et l'Est du Groenland, mais négatives dans les zones arctiques russe et canadienne. L'Arctique russe tend à se refroidir, alors qu'une tendance inverse est constatée ailleurs. Conclusion du chercheur : "l'absence de changement significatif dans la variabilité intra-saisonnière et inter-annnuelle de la température moyenne, de la température maximale, de la température minimale et de l'amplitude diurne est une preuve supplémentaire (à côté de la température moyenne) que l'on ne peut identifier en Arctique, dans la période 1951-1990, de manifestation tangibles d'un effet de serre" (Przybylak 2002).

Deux années plus tôt, R. Przybylak avait fait sensation en remettant en cause la fiabilité des méthodes utilisées par le GIEC, au moins en ce qui concerne le climat arctique. Sur une période plus limitée (1991-1995), le climatologue a analysé l'évolution des températures dans 37 zones arctiques et 7 zones sub-arctiques. Ces régions sont représentées par 30 'boites' dans les modèles numériques actuels. Ces boites représentent un maillage tridimensionnel de la Terre, où l'on rentre le maximum de données climatiques pertinentes (température, ensoleillement, pluviométrie, pression, vent, etc.) pour évaluer ensuite des bilans et des tendances. Les modèles météorologiques et climatologiques utilisent des maillages comparables (de dix à cent kilomètres entre chaque intersection selon les zones et les modèles), qui sont cependant paramétrés de manière différente selon que l''on étudie les prévisions à court, moyen ou long terme. Cette étude de Przybylak a abouti a plusieurs conclusions :
- le réchauffement des années 1990 est d'autant plus marqué que l'on s'éloigne des climats polaires et que l'on se rapproche des climats tempérés, ce qui va à l'encontre des prévisions actuelles des modèles climatiques (réchauffement plus marqué au pôle). Le réchauffement global de la période 1991-1995 en Arctique est de 0,1°C/décennie, alors que dans la même période le réchauffement de l'Hémisphère Nord est de 0,3°C/décennie, de 0,2°C/décennie pour l'Hémisphère Sud et de 0,26°C/décennie pour la moyenne du Globe ;
- la corrélation entre les températures des stations et celles des grilles du modèle pour les températures n'est que de 0,55, ce qui signifie que 70% de la variation des températures prise en compte par les modèles ne se retrouvent pas dans les températures réellement relevées au sol ;
- les températures les plus chaudes du XXe siècle en Arctique sont observées au cours des années 1930, alors que les émissions humaines de gaz à effet de serre étaient nettement plus insignifiantes qu'aujourd'hui (Przybylak 2000).

L'équipe d'Igor Polyakov (Centre international de recherche sur l'Arctique, Université de l'Alaska, Fairbanks) parvient elle aussi à des conclusions différentes de celles du GIEC et de l'IASC (Polykov 2003). Elle ne s'est pas contentée des données de la seconde partie du XXe siècle, mais a remonté le climat de l'Arctique jusqu'à 1875. Les données dans la région ne datent pas d'hier. Les plus anciennnes observations ont commencé en Finlande, en 1737 et 1749, dans les latitudes supérieures à 65°N. La première station russe fut installée à Arkhangelsk en 1813. La première station terrestre en Alaska ouvre en 1897, mais les observations ont débuté dès 1828. Les données marines commencent quant à elles vers la fin du XIXe siècle. Il n'y a donc aucune raison d'exclure ces données, et il est même nécessaire de les inclure à une étude du climat arctique du XXe siècle, marqué par oscillations à basse fréquence de 50-80 ans. Les données obtenues par Polyakov montrent un réchauffement moyen par décennie de 0,09°C entre 1875 et 2000, plus marqué en hiver et au début du printemps (rappelons qu'en hiver, les glaces ne fondent pas puisque les températures sont toujours nettement négatives). Sur l'ensemble du XXe siècle, le réchauffement constaté en Arctique est de 0,05°C par décennie, légèrement inférieur au réchauffement mondial (0,06°C). C'est à nouveau le contraire des prévisions des modèles climatiques, qui annoncent une accentuation du réchauffement aux pôles. Les auteurs estiment par ailleurs que l'Arctique était plus chaud dans les années 1920 et 1930 qu'à la fin du XXe siècle. "Le réchauffement seul ne suffit pas à expliquer le retrait des glaces amorcées dans les années 1980 et 1990", conclut l'équipe de Polyakov. L'explication la plus probable réside selon eux dans le passage des pressions atmosphériques d'un régime anticyclonique vers un régime cyclonique.

Petr Chylek (Laboratoire national de Los Alamos, Etats-Unis) et son équipe se sont pour leur part penchés sur le Groenland (Chylek 2004). Cet immense inlandsis de 1,8 millions de m2, le seul dans la région arctique, soulève régulièrement les craintes puisque la fonte de sa calotte glaciaire entraînerait une hausse considérables du niveau des mers et de probables perturbations climatiques à l'échelle globale. A l'échelle du XXe siècle, on constate un léger réchauffement global. Mais l'analyse détaillée des données laisse perplexe. Le réchauffement le plus important a eu lieu dans les années 1920, où l'on a constaté une hausse des températures de 2 à 4°C sur les côtes groenlandaises, le réchauffement hivernal pouvant même atteindre 6°C en moins d'une décennie. Rien à voir avec des perturbations dues à l'homme, puisque les émissions de gaz à effet de serre étaient alors dérisoires. Plus étonnant encore, la tendance moyenne du Groenland depuis les années 1940 est au refroidissement. Celui-ci est plus marqué au sommet de l'immense calotte glaciaire, avec une chute de 2,2°C par décennie depuis le début des mesures exactes en ce point (1987). Non seulement le Groenland ne fond pas, mais il renforce ses glaces !


Le début du XXe siècle plus chaud que sa fin

Comme tous les autres climats, celui de l'Arctique doit s'apprécier sur le long terme. Avant de considérer une hausse ou une baisse de température comme 'dramatique', 'catastrophique' ou 'inédite', il convient naturellement de s'interroger sur les amplitudes passées. Il se trouve que le climat arctique est caractérisé par une grande variabilité. Voici quelques observations récentes de la recherche en ce domaine.

Dahl-Jensen et al. (1998) ont analysé deux séries de données issus de forages des calottes groenlandaises et permettant de reconstruire les températures sur 50.000 ans (pour le forage en altitude, GRIP) et 7.000 ans (pour le forage Dye3, situé 865 km plus au Sud). Ils en concluent que le Petit Age Glaciaire était plus froid en moyenne de 0,5-0,7°C par rapport au présent. Quant aux températures récentes, elles ont "atteint un maximum autour des années 1930 [...mais]  ont décru au cours des dernières décennies".

Wagner et Melles (2001) ont étudié un bloc sédimentaire de 3,5 m, récupéré dans un lac près de la côte Est du Groenland, afin de repérer les traces organiques laissées par les oiseaux de mer au cours des 10.000 dernières années. Ils ont relevé un pic d'activité dans la période qui court du IXe au XIIIe siècle (optimum médiéval) suivi d'une baisse marquée, voire d'une absence totale de traces au coeur du Petit Age Glaciaire, qu'ils considèrent comme la période la plus froide de l'Holocène. Le dernier siècle montre un retour des oiseaux de mer, mais les signes biogéochimiques n'atteignent pas encore les niveaux de l'optimum médiéval.

Moore et al. (2001) ont eux aussi réalisé une analyse de sédiments lacustres (lac Donard, Ile Baffin, Canada), sur la période 750-1990, afin d'évaluer la température moyenne des étés dans cette région. Une période chaude est documentée entre 1200 et 1375. La période la plus froide commence à partir de l'année 1375, qui marque le début du Petit Age Glaciaire dans cette région, et dure jusque vers 1800. La période 1800-1900 est se traduit par un réchauffement assez rapide, mais un refroidissement aboutit à des températures à nouveau froides autour de 1950. Les quarante dernières années sont marquées par une alternance de refroidissement et de réchauffement.

Kasper et Allard (2001) ont étudié les fentes de gel du Nord du Québac (Salluit). Les fentes de gel sont des réseaux de polygones réguliers qui se forment naturellement dans le pergélisol, en raison des amplitudes thermiques entre les saisons et des mouvements conséquents de la glace. Sur 4000 années, ils concluent eux aussi à un minimum thermique au cours du récent Petit Age Glaciaire. Un réchauffement lui succède, qui est ici documenté jusqu'en 1946. Il s'ensuit un refroidissement au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

Kaufman et al. (2004) ont effectué une méta-analyse de plusieurs indices (cernes des arbres, sédiments lacustres, carottage, etc.) dans 140 sites situés au Nord de la latitude 60°N, dans la partie occidentale de l'Arctique (1-180°W). Sur 120 de ces sites, ils ont trouvé des preuves évidentes de températures passées plus chaudes que les températures actuelles (moyenne du XXe siècle). A partir de 16 sites où des estimations quantitatives ont pu être réalisées, ils concluent que le maximum thermique du Holocène (HTM) était 1,6 +/- 0,8°C plus chaud que les conditions actuelles.


Toutes les glaces ne reculent pas

Prendre en compte le long terme : ce qui vaut pour les températures vaut aussi aussi pour les glaces.

De spectaculaires images satellite, abondamment reproduites depuis qu'elles ont été déclassifiées par les autorités américaines, montrent une inexorable réduction de la banquise de l'Océan Arctique en septembre (lorsqu'elle a sa plus faible extension). Mais ces images ne commencent qu'en 1978. Or, comme nous l'avons vu, le climat arctique est marqué par de lentes oscillations multidécennales. Au réchauffement des années 1920 à 1940 a succédé un refroidissement des années 1940 aux années 1970, puis une nouvelle phase de réchauffement à partir des années 1980. Les images satellitaires d'extension de la glace dans l'océan Arctique ont donc commencé à la fin d'une période "froide" et au début d'une période "chaude". Il n'est pas étonnant dans ces conditions qu'elles montrent une diminution continue de la masse glaciaire. Malgré cela, un chiffre revient sans cesse : les glaces de l'Océan Arctique ont perdu 40% de leur volume (épaisseur) en quatre décennies. L'estimation figure dans le troisième rapport du GIEC (2001) et a depuis valeur d'emblème. Qu'en est-il ?

Cette estimation d'une diminution estivale de 40% de la couverture glaciaire de l'Arctique provient pour l'essentiel d'une étude publiée en 1999 par D.A.Rothrock et al. (Rothrock 1999). Dans cet article, les auteurs montraient que l'épaisseur moyenne de la mer de glace arctique était passée de 3,1 mètres dans la période 1958-1976 à 1,8 mètre dans la période 1993-1997. Le calcul est rapide à faire, et les auteurs ne s'en privent pas : un "amincissement de 40 %" est constaté sur quarante ans. Cette estimation, confirmée l'année suivante par une autre étude (Wadhams 2000), fera et fait encore le tour du monde. Ce n'est pas le cas des articles critiques qui ont suivi sa publication. Voici quelques exemples.

Peter Winsor a utilisé les données de six sous-marins naviguant sous le pôle Nord et dans la mer de Beaufort entre les années 1991 et 1997. L'analyse des séries de données montre un léger épaississement de la glace dans le premier cas, une diminution tout aussi légère dans le second cas. Winsor remarque : "En combinant les présents résultats avec ceux d'une précédente étude, je conclus que l'épaisseur moyenne de la glace de mer est restée à un niveau à peu près constant  au Pôle Nord entre 1986 et 1997" (Winsor 2001).

La même année, Walter Tucker et son équipe confirme une réduction de l'épaisseur de la glace dans l'Arctique occidental, au large de l'Alaska, entre les années 1980 et les années 1990. Mais ils ne retrouvent pas eux non plus le même résultat au Pôle Nord. Ils attribuent les différences constatées aux effets dynamiques locaux de la glace, et non au réchauffement (Tucker 2001).

Greg Holloway et Tessa Sou (2002) ont souligné un problème d'échantillonnage dans l'étude de Rothrock. Les données proviennent d'expéditions sous-marines ; elles sont de nature limitée (29 points) et locale. Ces données ne reflètent pas nécessairement l'état de la glace mer dans son ensemble. Surtout, cette glace qui recouvre l'Océan arctique est mobile et dépend étroitement du forçage des vents, qui n'était pas pris en compte dans l'étude Rothrock et al. Les vents dominants soufflant sur l'Arctique, et les courants océaniens en découlant, peuvent ainsi déplacer les gains et les pertes de glace du centre vers la périphérie. En utilisant leur propre modèle, Holloway et Sue parviennent  à une réduction de la glace de 12 à 16 % seulement pour l'ensemble du domaine arctique.

Igor Polyakov et son équipe ont pour leur part étudié l'épaisseur de la glace (1936-2000) et son extension (1900-2000) dans les mers de Kara, Laptev, Sibérie orientale et Chukchi, qui bordent toutes l'Océan Arctique au nord de la Sibérie (Polykov 2003). Ils ont bénéficié pour cela de la déclassification de données russes, permettant une évaluation sur le long terme. Concernant l'épaisseur de la glace, les auteurs constaté des tendances positives dans les mers de Kara et Chukchi, négative dans la mer de Sibérie orientale et de Laptev. En tout état de cause, les variations étaient faibles (environ 1 cm par décennie). Ils en concluent :  "L'examen des données [...] indique que les tendances à long terme sont faibles et généralement insignifiantes d'un point de vue statistique, et que les tendances à court terme ne sont pas représentatives". 

Dans Nature, Seymour Laxon et ses collègues ont récemment souligné la "variabilité internannuelle forte"  de l'épaisseur des glaces en Arctique, sur la base de huit années de données satellitaires (ERS1 et ERS2). En hiver, l'épaisseur moyenne de la banquise s'établit selon eux à 2,73 m, avec 24,5 cm (en plus ou moins) de variation chaque année (soit une amplitude de 16%, une demi-fois supérieure aux paramètres actuels des modèles climatiques). Considérant pour leur part que le risque d'amincissement de la glace de mer est réel, ils remarquent néanmoins : 'tant que les modèles ne reproduiront pas correctement la variabilité de l'épaisseur de la glace de mer, fréquente et thermodynamiquement régulée, les changements dans la couverture glaciaire de l'Arctique resteront une question ouverte" (Laxon 2004).

Par ailleurs, la comparaison de l'extension annuelle de la banquise et de la courbe des températures montre un phénomène intéressant de découplage.

Le premier graphique provient de la base de données sur les banquises arctiques de l'Université de l'Illinois. Elle montre un déclin progressif depuis 1950 de l'extension printanière, estivale et automnale (mais pas hivernale). Le second graphique est une reconstruction des températures (en haut) et des pressions de surface (en bas) de la zone arctique par l'équipe d'I Polykov (2004). Le comportement de la banquise ne suit apparemment pas directement celui des températures. Si l'on voit la carte des températures, qui concerne la zone 62°N-pole, on constate un refroidissement 1950-1972 et une nette hausse depuis 1972. Or, les banquises n'ont pas vraiment augmenté pendant le refroidissement. On remarquera aussi des températures plus élevées dans les années 1920-1940 que dans les années 1980-2000, mais il manque une estimation des banquises à cette époque pour établir la comparaison.

Qu'en est-il pour le Groenland ? En 2005, Ola Johannessen (Université de Bergen, Norvège) et ses collègues ont publié une analyse satellitaire de l'inlandsis groenlandais, en l'occurrence les relevés altimétriques ERS1 et ERS2 collectées entre 1993 et 2003 (soit au maximum du réchauffement récent). "Une élévation de 6,4 cm par an est constatée dans les larges zones intérieures situées au-dessus de 1500m d'altitude", relèvent les chercheurs. En-dessous de 1500 m, la couverture de glace aurait perdu 2 cm par an. Mais le bilan global reste positif pour le Groenland, avec un gain de 55 cm en onze ans (Johannessen 2005). Rappelons à l'occasion que Groenland signifie "la terre verte" et ce nom lui fut donné par les Vikings vers l'An Mil. Nul doute qu'à cette époque pas si lointaine la fonte des glaces sur les côtes groenlandaises devait être autrement plus prononcée qu'aujourd'hui...

La même année 2005, Richard Alley (Université de Pennsylvanie, Etats-Unis) et ses collègues ont passé en revue les études récentes sur la fonte des glaces aux pôles et l'élévation conséquente du niveau de la mer. Ils en concluent que "[les modèles climatiques] ne sont pas capables d'évaluer si les changements en cours représentent des perturbations mineures en voie de stabilisation, ou un changement majeur qui pourrait notablement affecter le niveau des océans" (Alley 2005).


Conclusions

Un passage en revue de la littérature scientifique récente permet de tirer quelques conclusions provisoires :
- Il n'existe pas de consensus scientifique sur la portée du réchauffement climatique récent en Arctique. Plusieurs études montrent qu'il a été plus faible que le réchauffement moyen du globe au XXe siècle. D'autres rappellent que les amplitudes thermiques autour du Pôle Nord sont la règle depuis au moins 50.000 ans, et que le phénomène est particulièrement documenté au cours du dernier millénaire comme au cours du dernier siècle.
- Il n'existe pas de consensus scientifique scientifique sur l'amplitude de la fonte récente des glaces en Arctique. Le chiffre de 40% de perte en 40 ans a été vivement contesté. Plusieurs études satellitaires montrent que les modèles climatiques en vigueur manquent de précision sur l'épaisseur réelle des glaces (50% de sous-évaluation de la variabilité réelle). Certaines zones de l'Arctique (comme l'inlandsis groenlandais) connaissent une progression des glaces, et non une régression. D'autres zones, comme les mers marginales de Sibérie, ne montrent aucune évolution significative au XXe siècle.
- Il n'existe pas de consensus scientifique sur les causes de l'évolution climatique récente de l'Arctique. Le  réchauffement climatique global est le coupable idéal, mais aucune preuve n'a jamais été apporté de sa responsabilité. Qui plus est, les variations du climat arctique contredisent la thèse "simpliste" du réchauffement par gaz à effet de serre : comment expliquer la période chaude 1920-1940 et la période froide 1950-1970 alors que l'émission des gaz à effet de serre a cru de manière continue tout au long du XXe siècle ? En fait, les chercheurs se penchent plutôt sur les mécanismes de l'oscillation nord-atlantique (NAO) et de l'oscillation arctique (AO) - et des anticyclones mobiles polaires qui les sous-tendent (Leroux 2004) - pour comprendre l'évolution du climat en Arctique et dans l'hémisphère Nord.


Références
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Arctic Council, International Arctic Science Committee (2005), Arctic Climate Impact Assessment, Cambridge University Press, Cambridge (UK) et New York, 1042 p. Le rapport  [pdf] peut être intégralement téléchargé à l'adresse : http://www.acia.uaf.edu/
Chylek P. et al. (2004), Global warming and the Greenland ice sheet, Climate Change, 63, 201-221.
Dahl-Jensen D. et al. (1998), Past temperatures directly from the Greenland Ice Sheet, Science, 282, 268-271.
Holloway, G., Sou, T (2002), Has Arctic Sea Ice Rapidly Thinned?, Journal of Climate, 15, 1691-1701.
Johannessen O.M. et al. (2005), Recent ice-sheet growth in the interior of Greenland, Science, 310, 1013 -1016.
Kasper J.N., M. Allard (2001), Late-Holocene climatic changes as detected by he growth and decay of ice wedges on the southern shore of Hudson Strait, Northern Quebec, Canada, The Holocene, 11, 563-577.
Kaufman D.S. et al. (2004), Holocene thermal maximum in the Western Arctic (0-180°W), Quarternry Science Reviews, 23, 529-560.
Laxon S. et al. (2004), High interannual variability of sea ice thickness in the Arctic region, Nature, 425, 947-950.
Leroux M., La dynamique du temps et du climat, Dunod, Paris 2004.
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