A la veille de Noël dernier, dans son édition du 24 décembre 2006 donc, le journal anglais The Independent a narré un bien triste conte à ses lecteurs. Sous le titre « Un monde qui disparaît : le réchauffement climatique emporte les îles tropicales », l’article décrit la disparition sous les flots de l’île de Lohachara dans la baie du Bengale. « La disparition de l’île de Lohachara (…) marque le moment où les prédictions les plus apocalyptiques des environnementalistes et des scientifiques du climat ont commencé à devenir vraies ». Et l’auteur de continuer : « La disparition de Lohachara, jadis terre de 10.000 habitants, est sans précédent », même si mention est bien sûr faite de l’exil de Lateu (Vanuatu) dont nous avons parlé ici.Chaudes larmes dans les chaumières, donc, où notre égoïsme de nantis dévorant les dindes christiques se traduit par la misère et la désolation climatiques. Le problème, c’est que cette île de Lohachara a été déménagée… au cours des années 1980, et non des années 2000. A cette époque, la progression de l’érosion costale des îlots du delta avait poussé à un transfert préventif de populations, à Lohachara comme dans plusieurs autres terres émergées. Les moussons indiennes y entraînaient des inondations quasi-permanentes un bon tiers de l’année, de même que les saisons de fonte des contreforts de l’Himalaya, provoquant des crues du Gange, du Brahmaputra et du Meghna. Inondations aggravées par la lente subsidence des terres, notamment sur la façade orientale de la côte de la baie du Bengale, où le rythme d’élévation du niveau de la mer est deux fois plus élevé pour cette raison. Tout cela se passait en sortie d’une période de léger refroidissement global (cf. tendance 1941-80, carte Nasa Giss ci-dessous), bien avant les célèbres et terrifiantes « années où furent battus les records de chaleur du siècle et peut-être même du millénaire ».

Mais à quoi bon ces précisions ? On nous objectera que si Lohachara n’a pas vraiment péri du réchauffement climatique, tout le Bangladesh périra bien un jour de cette apocalypse en cours. On verra sans doute de tristes images dans le prochain documentaire d’Al Gore ou le prochain album photo de Yann Arthus Bertrand. Ainsi se bâtissent les certitudes climatiques des foules désespérées, lorsque les symboles forts remplacent utilement les maigres connaissances.
(Image Mukto Mona, DR)
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