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Résister au réchauffement médiatique !

Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s'accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse... tout cela par la faute de l'homme, de l'émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier ? Oubliez-le.

Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
Un rapport réunissant les acteurs de la recherche sur la troposphère conclut que les prévisions des modèles et les mesures des satellites commencent à concorder. Sauf dans les Tropiques, zone pourtant essentielle de la circulation générale océan-atmopshère.

L’Agence Science-Presse l’affirme triomphalement : "Cette fois, c’est un rapport en provenance du gouvernement Bush lui-même qui affirme que la planète se réchauffe. La plupart des gens l’avaient oublié, mais il y a un peu plus de deux ans, la Maison-Blanche, affirmant qu’il subsistait des ‘incertitudes’ quant au réchauffement, avait retardé toute décision à ce sujet, le temps, disait-elle, d’obtenir de nouvelles études scientifiques. Eh bien plus tôt ce mois-ci, la première des 21 études commandées est arrivée, et ses conclusions vont cruellement décevoir les ‘enviro-sceptiques’ : le monde se réchauffe bel et bien dans sa basse atmosphère, et non pas seulement à la surface."

Cette agence d’information semble passionnée par le gouvernement Bush, qui n’est pas vraiment au cœur des sciences climatiques. Elle semble ignorer que tous les satellites disent depuis longtemps que la troposphère se réchauffe. Et elle semble aussi mal comprendre les sceptiques, qui accueillent toute étude scientifique comme une bonne nouvelle, pourvu que l’étude concernée ne soit pas biaisée. Bref, cette agence d'information ne semble pas très bien informée.

Le rapport dont il est question rassemble tous les acteurs majeurs de la recherche sur l'évolution des températures de la troposphère. On sait qu'il existe une querelle de plus de dix ans sur l'interprétation des données des satellites entre les différentes équipes, notamment celle de l'UAH (J. Christy et R. Spencer) et celle du RSS (C.A. Mears) (voir notre article de synthèse et notre entretien avec John Christy).

Il en ressort les points suivants :

- Les auteurs considèrent que le réchauffement des 50 dernières années ne peut être expliqué uniquement par des facteurs naturels, et que l'action de l'homme (sur les gaz à effet de serre, l'ozone et les aérosols) explique en partie les évolutions constatées.

- Les données satellites trouvent que la troposphère se réchauffe un peu moins vite ou un plus vite que la surface - depuis 1979, la surface semble néanmoins se réchauffer un peu plus vite que l'atmosphère, alors que l'inverse est vrai pour la moyenne 1958-2004. La majorité des modèles prévoit qu'elle devrait se réchauffer plus vite, mais la différence peut être liée à des incertitudes liées aux enregistrements des satellites.

- Il reste une différence importante entre les modèles et les observations au niveau des Tropiques (20°S-20°N). Presque tous les modèles y prévoient un réchauffement plus rapide de la troposphère, presque toutes les observations constatent un réchauffement plus rapide de la surface. Soit il y a une erreur dans les modèles, soit il y a une erreur dans les mesures. La seconde hypothèse est privilégiée pour le moment. Le schéma ci-dessous montre cependant l'ampleur du désaccord persistant (en rouge, prévisions des modèles ; en bleu, mesures des radiosondes et des satellites).


On notera que si le rapport suggère une amélioration des traitements de données satellitaires, il n'est pas tendre non plus avec les modèles. On note ainsi dans le chapitre 6 :

"Les modèles qui semblent inclure les mêmes forçages diffèrent souvent dans la manière dont les forçages sont quantifiés et dans la manière dont ils sont appliqués dans le modèle. Des efforts sont donc requis pour distinguer plus clairement les incertitudes résultant de la structure du modèle des incertitudes provenant des effets des forçages. Cela demande de faire tourner de nombreux modèles avec les mêmes forçages standardisés, et de faire tourner les mêmes modèles individuellement avec un éventail plausible de scénarios pour chaque forçage".

Et les auteurs précisent : "Un effort considérable sera nécessaire pendant nombre d'années". Depuis bientôt vingt ans que les modèles climatiques n'en finissent pas de tourner, on se demande quand ils auront une idée plus claire de leurs incertitudes respectives : IPCC 2013, 2020, 2026 ? En attendant, nous verrons bientôt ce qu'il en est pour IPCC 2007 et ses projections 2100...

Concernant les mesures de la troposphère, rien de bien nouveau sous le soleil, donc. Ce rapport confirme ce que l'on savait déjà et ne tranche pas pour savoir quelles sont les bases radiosondes ou satellites les plus proches des températures réelles de la troposphère.

Référence :
Thomas R. Karl, Susan J. Hassol, Christopher D. Miller, and William L. Murray (ed.) (2006), Temperature Trends in the Lower Atmosphere: Steps for Understanding and Reconciling Differences, Climate Change Science Program and the Subcommittee on Global Change Research, Washington (DC).

Pour télécharger l'intégralité du rapport (pdf, anglais), allez sur ce site.
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