L’Arctique est désormais au centre de toute l’attention scientifique et médiatique, du fait du réchauffement constaté depuis une dizaine d’années. Et sans doute aussi du fait de l'imminence du prochain rapport du GIEC (2007), dont on suppose qu'il apportera son lot soigneusement choisi de mauvaises nouvelles. Les travaux de l’équipe de G. Ekström sur la fréquence des séismes glaciaires s'inscrivent dans cette déferlante d’informations récentes. Quelle en est la réalité ? Et surtout, que nous disent ces séismes sur l’avenir ?
L’actualité récente a connu une salve de publications scientifiques sur l’état des pôles, généralement pour signaler les effets négatifs du réchauffement récent. Nous avons déjà critiqué et mis en perspective la plupart d’entre elles, qu’il s’agisse des travaux de Rignot et al (2006) sur les glaciers du Groënland ou ceux d’Overpeck, Otto-Bliesmer et al. (2006) sur les modèles. Mais la liste ne serait pas complète sans le travail de Göran Ekström sur les séismes glaciaires.
De quoi s’agit-il ? Quand les glaciers fondent, ils se lubrifient à la base et provoquent des déplacements parfois rapides de masses importantes. Ces mouvements se répercutent au socle terrestre sous forme de petites ondes sismiques. Ekström et al. ont trouvé 182 séismes glaciaires de ce type entre janvier 1993 et octobre 2005. La fréquence saisonnière est la plus élevée dans les deux derniers mois de l'été (juillet août) et le premier mois de l'automne (septembre), ce qui est assez logique puisque les températures les plus hautes favorisent la fonte et le mouvement rapide des glaces. Elkström et al. rapportent que l'on trouve chaque année deux fois plus de séismes glaciaires entre 2002 et 2005 que dans toutes les années précédentes.
Les données étant courtes (temporellement : 13 ans) et limitées (spatialement : 7 zones), les auteurs se gardent d'aller plus loin et suggèrent simplement que « les séismes peuvent servir de marqueur de la réponse des plateformes glaciaires à un forçage externe ».
Dans le même numéro de Science, Ian Joughlin met ces travaux d'Elkström en perspective et pose directement la question du lien avec le réchauffement. Il précise les points suivants :
- les températures estivales entre les années 1960 et les années 1990 tendaient à être plus froides que la moyenne ;
- À partir de 1995, la température estivale moyenne a commencé à monter dans les stations côtières, atteignant des records depuis près d'un siècle ;
- la durée de ce réchauffement récent est néanmoins trop courte pour distinguer des causes naturelles ou anthropogéniques ;
- le fait que les glaciers réagissent ainsi rapidement à des hausses assez faibles montre qu'il faut désormais en tenir compte dans les modèles hydrologiques / glaciologiques.
Que faut-il en conclure ? La fréquence et la saisonnalité des séismes glaciaires forment assurément un indice important du réchauffement en Arctique et du comportement des glaciers. Leur étude est donc nécessaire. Contrairement à ce qui a été dit ici ou là, l’augmentation de ces séismes n’est que très récente : quatre années, ce qui est évidemment insuffisant pour dessiner une tendance de fond. L’étude détaillée de la question montre de surcroît que les températures estivales du Groënland ne sont en hausse que depuis dix ans, après trente ans de refroidissement. Si les gaz à effet de serre en étaient les principaux responsables, on se demande pourquoi ils n’exerçaient pas déjà leur action entre les années 1960 et le début des années 1990, trois décennies durant lesquelles leur émission n’a fait que croître.
Références
Ekström G. et al. (2006), Seasonality and increasing frequency of Greenland glacial earthquakes, Science, 311, 1756-1758.
Joughlin I. (2006), Greenland rumbles louder as glaciers accelerate, Science, 311, 1719-20
L’actualité récente a connu une salve de publications scientifiques sur l’état des pôles, généralement pour signaler les effets négatifs du réchauffement récent. Nous avons déjà critiqué et mis en perspective la plupart d’entre elles, qu’il s’agisse des travaux de Rignot et al (2006) sur les glaciers du Groënland ou ceux d’Overpeck, Otto-Bliesmer et al. (2006) sur les modèles. Mais la liste ne serait pas complète sans le travail de Göran Ekström sur les séismes glaciaires.De quoi s’agit-il ? Quand les glaciers fondent, ils se lubrifient à la base et provoquent des déplacements parfois rapides de masses importantes. Ces mouvements se répercutent au socle terrestre sous forme de petites ondes sismiques. Ekström et al. ont trouvé 182 séismes glaciaires de ce type entre janvier 1993 et octobre 2005. La fréquence saisonnière est la plus élevée dans les deux derniers mois de l'été (juillet août) et le premier mois de l'automne (septembre), ce qui est assez logique puisque les températures les plus hautes favorisent la fonte et le mouvement rapide des glaces. Elkström et al. rapportent que l'on trouve chaque année deux fois plus de séismes glaciaires entre 2002 et 2005 que dans toutes les années précédentes.
Les données étant courtes (temporellement : 13 ans) et limitées (spatialement : 7 zones), les auteurs se gardent d'aller plus loin et suggèrent simplement que « les séismes peuvent servir de marqueur de la réponse des plateformes glaciaires à un forçage externe ».
Dans le même numéro de Science, Ian Joughlin met ces travaux d'Elkström en perspective et pose directement la question du lien avec le réchauffement. Il précise les points suivants :
- les températures estivales entre les années 1960 et les années 1990 tendaient à être plus froides que la moyenne ;
- À partir de 1995, la température estivale moyenne a commencé à monter dans les stations côtières, atteignant des records depuis près d'un siècle ;
- la durée de ce réchauffement récent est néanmoins trop courte pour distinguer des causes naturelles ou anthropogéniques ;
- le fait que les glaciers réagissent ainsi rapidement à des hausses assez faibles montre qu'il faut désormais en tenir compte dans les modèles hydrologiques / glaciologiques.
Que faut-il en conclure ? La fréquence et la saisonnalité des séismes glaciaires forment assurément un indice important du réchauffement en Arctique et du comportement des glaciers. Leur étude est donc nécessaire. Contrairement à ce qui a été dit ici ou là, l’augmentation de ces séismes n’est que très récente : quatre années, ce qui est évidemment insuffisant pour dessiner une tendance de fond. L’étude détaillée de la question montre de surcroît que les températures estivales du Groënland ne sont en hausse que depuis dix ans, après trente ans de refroidissement. Si les gaz à effet de serre en étaient les principaux responsables, on se demande pourquoi ils n’exerçaient pas déjà leur action entre les années 1960 et le début des années 1990, trois décennies durant lesquelles leur émission n’a fait que croître.
Références
Ekström G. et al. (2006), Seasonality and increasing frequency of Greenland glacial earthquakes, Science, 311, 1756-1758.
Joughlin I. (2006), Greenland rumbles louder as glaciers accelerate, Science, 311, 1719-20
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