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Résister au réchauffement médiatique !

Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s'accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse... tout cela par la faute de l'homme, de l'émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier ? Oubliez-le.

Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
On nous le répète sur tous les tons depuis des années : le GIEC exprime le consensus de la communauté climatique. Une polémique en cours sur la hausse du niveau des mers montre que ce n'est pas le cas. Ce dont nous ne doutions pas, bien sûr. Outre les chercheurs sceptiques, ce sont maintenant les chercheurs alarmistes qui se défient du GIEC. La docte institution va-t-elle céder à cette pression de dernière minute, et modifier ce qui était tenu pour un consensus voici seulement un an, dans la seconde version provisoire de son rapport ayant à l'époque reçu l'aval des spécialistes ? Réponse vendredi.

Une polémique se développe depuis quelques jours, autour de la réunion actuelle du panel du Groupe de travail I et des représentants gouvernementaux à Paris. Elle vise la manière dont le rapport du GIEC s'apprête à rendre compte des perspectives de hausse du niveau des mers. La polémique a débuté par les déclarations de plusieurs chercheurs à Seth Borenstein, de l'Associated Press, notamment Lonnie Thompson (Université de l'Ohio), Bob Corell (Arctic Climate Impact Assessment), Stefan Rahmstorf (Université de Postdam).

L'objet de la querelle ? En l'état actuel des discussions, le GIEC s'apprêterait à publier des prévisions de hausse des mers pour 2100 inférieures à celles du troisième rapport publié en 2001. "Elles ne prennent pas en compte les deux mastodontes - Groënland et Antarctique. Je pense qu'il y aura de mauvaises surprises à mesure que nous avancerons dans le siècle", déclare L. Thompson. "Si le GIEC annonce une hausse du niveau des mers significativement plus basse qu’un mètre, il y aura des gens dans la communauté scientifique pour dire que cela ne reflète pas ce qu'ils savent", ajoute B. Corell. "Un document comme celui-là tend à sous-estimer le risque", conclut Stefan Rahmstorf.

A ce stade, il est impossible (et de toute façon inutile) de commenter les chiffres en question. Ce n'est pas le fond, dont nous discuterons bien sûr plus tard, mais la méthode qui importe ici. Car cette polémique en dit long sur le "consensus" tant vanté du GIEC, ainsi que sur la manière dont les sciences climatiques sont résumées et médiatisées.

Reprenons le calendrier.

En avril 2006 est paru ce que l'on appelle le Second Draft (SD) du rapport scientifique complet. Le SD est déjà une version élaborée, où les 11 chapitres, leurs résumés, leurs figures sont présents, où chaque ligne est numérotée afin de permettre la critique (le SD est envoyé à toute personne souhaitant faire ses observations). Le SD exprime l'avis consensuel des auteurs principaux et de leur équipe rédactionnelle, mais aussi des spécialistes concernés.

Au début de l'année 2006, le consensus était donc que la hausse du niveau des mers devait être révisée à la baisse. Car le Second Draft (donc nous disposons) conclut effectivement en ce sens et ses conclusions sont bien moins alarmantes que le troisième rapport GIEC (AR3 2001).

Nous sommes au début de l'année 2007, et ce consensus n'existe apparemment plus, puisque certains chercheurs réputés et spécialistes des pôles estiment que cette évaluation n'est pas correcte.

Mais après tout, leur réserve soudaine est-elle fondée ? On peut en douter.

La contrariété de nos glaciologues médiatisés vient des mesures GRACE du Groënland et de l'Antarctique, débutées en 2002 et montrant une fonte rapide, surtout pour le Groënland. Mais outre que ces mesures sont très courtes (2002-2006), elles sont surtout faites à partir d'un nouvel instrument gravimétrique mal calibré, de sorte que sur les mêmes données brutes, les estimations varient d'environ 100 Gt/an à environ 240 Gt/an pour la perte du bilan de masse au Groënland, et en seulement trois mois d'intervalle (publications de Chen 2006 et Luthcke 2006, voir ici).

Dans le domaine climatique, les moyennes de référence sont établies sur 30 ans. Donc, une pente analysée ces dernières années ne suffit pas spécialement à définir une tendance, surtout pas dans une zone à forte variabilité naturelle (le Groënland) et avec une nouvelle méthode encore incertaine (GRACE). Si un bloc de glace de 5000 Gt s'était affaissé dans la mer, on comprendrait l'inquiétude soudaine devant un événement inédit dans les archives récentes et inexpliqué en l'état des modèles. Mais il n'en est rien.

A ce stade, nous sommes devant deux hypothèses :

- Soit le GIEC se dédie de son Second Draft, publie vendredi prochain des valeurs plus élevées de hausse des mers dans son Résumé pour décideurs, cela montre que le consensus est une fable et que la pression alarmiste de dernière minute suffit à modifier les contenus de cinq ans de recherche.

- Soit le GIEC confirme son Second Draft, publie des valeurs modérées, se contente d'une réserve de principe sur l'incertitude, et une partie de la communauté climatique annonce d'ores et déjà qu'elle ne reconnaît pas ce consensus-là.

Dans tous les cas, l'unanimité de façade sera de plus en plus difficile à préserver. Toute médaille a son revers: le GIEC est en train de payer la course en avant alarmiste mise en branle voici presque vingt ans, avec des scénarios d'émission de gaz à effet de serre irréalistes pour gonfler les valeurs hautes, avec des reconstructions incertaines de températures du dernier millénaire présentées comme l'état consensuel de la science, avec des auto-appréciations flatteuses et indues sur la grande progression des modèles climatiques censés déceler la trace d'une influence anthropique sur les températures de surface. Le GIEC est désormais débordé par une "aile alarmiste" qu'il a couvé en son sein. Qui sème le vent récolte la tempête, selon le dicton de circonstance mêlant la sagesse et le climat...

Nous sommes donc dans l'ignorance des futures tendances de la fonte des glaces. Mais la fonte du consensus, elle, est déjà bien entamée. Tant mieux, la vigueur de la recherche y gagnera.
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