L’IUCN vient de classer dans sa Liste rouge 2006 l’ours blanc comme espèce vulnérable. Pourquoi pas ? Ces mammifères à reproduction lente, dont la population globale est estimée entre 20 000 et 25 000 individus, sont en effet menacés par des chasses locales trop importantes, une intensification des exploitations gazo-pétrolières, l’accumulation de polluants chimiques dans leurs tissus. Ce qui est nettement plus contestable en revanche, c’est que l’IUCN désigne désormais le réchauffement climatique comme la principale menace pesant sur les ours polaires. Aucune donnée autre qu’une étude sur la sous-population de la baie de l’Hudson (le vingtième de la population globale) ne vient pour le moment appuyer cette analyse. Et de nombreux faits témoignent que les ours ne répondent pas de manière négative au réchauffement (ou positive au refroidissement) selon les zones de l’Arctique.
La Liste rouge des espèces menacées de l’International Union for Conservation of Nature and Natural Ressources (IUCN 2006) vient de classer l’ours blanc (Ursus maritimus) comme « espèce vulnérable » (et non plus simplement « espèce dépendante de mesures de conservation »).
Dans le communiqué de presse accompagnant cette décision, l’UICN précise : « L'ours blanc est voué à devenir une des plus célèbres victimes du réchauffement climatique mondial. L'impact des changements climatiques se fait de plus en plus sentir dans les régions polaires où, l’été, la banquise devrait diminuer de 50 à 100 % dans les 50 à 100 prochaines années. Comme ils dépendent de l'écoulement glaciaire arctique pour chasser les phoques et qu’ils sont hautement spécialisés et adaptés à la vie dans le milieu marin arctique, les ours blancs devraient subir un déclin de plus de 30 % de leur population dans les 45 prochaines années. »
Les choses ne sont pourtant pas aussi claires.
La proposition de classer les ours blancs comme « espèce vulnérable » a été faite en août 2005, lors du 14e meeting annuel du PBSG (Polar Bear Specialist Group). Sur le site de ce groupe de recherche, on ne trouve pour l’instant que la dernière estimation en date des populations d’ours blanc, celle de 2001 (*). L’examen attentif de cette liste ne montrait aucune corrélation entre les régions de l’Arctique se réchauffant le plus et le comportement démographique des sous-populations d’ours blanc (voir Michaels 2005, 93-100). Au contraire. L’estimation 2001 rapportait par exemple un déclin dans la périphérie occidentale du Groënland (baie de Baffin), région qui à l’époque avait connu une tendance au refroidissement.
La dynamique des ours ne suit pas celle du climat depuis 50 ans
La seule référence récente concerne une étude en cours du Dr Nick Lunn sur les ours blancs des côtes occidentales de la baie d’Hudson (Canada). Selon cette étude, dont le compte rendu a été fait à Seattle en 2005, la population des ours blancs serait passée de 1200 à 1000 individus au cours des dernières années. Le réchauffement climatique est l’un des principaux accusés. Le déclin est lié selon Lunn à une débâcle des glaces de plus en plus précoce dans l'ouest de la baie d'Hudson, due à la hausse des températures printanières, ce qui réduit la période durant laquelle les ours ont accès aux phoques. Dans le même ordre d’idée, on a également rapporté en 2005 quelques cas de noyades (très médiatisées) d’ours s’étant aventurés trop loin dans les eaux pour pêcher.
Cette explication est-elle satisfaisante ? En l’état actuel des données disponibles, non.
La baie d’Hudson représente aujourd’hui la partie la plus méridionale des territoires occupés par les ours blancs. Elle est effectivement sujette à un réchauffement soutenu depuis plus d’une décennie. La baie d’Hudson est libérée des glaces pendant environ quatre mois, entre juillet et novembre. La date des premières ruptures de glace a été avancée de 2-3 semaines depuis les années 1980 en conséquence de la hausse des températures. Pour autant, le lien de causalité entre la baisse de la population des ours en baie d’Hudson et la hausse des températures n’est pas si évident à prouver. Ainsi, la population des ours en mer de Beaufort est estimée à 1800, cette estimation est considérée comme « bonne » et la population est jugée « en augmentation » (Lunn 2002). Or, la carte ci-dessous des températures en Arctique de l’Université de l’Illinois montre que la région de la mer de Beaufort a connu un réchauffement supérieur à celle de la baie d’Hudson au cours des 50 dernières années.

La question est aussi de savoir si les ours blancs comptabilisés en moins dans la baie d’Hudson ont disparu ou s’ils ont migré vers d’autres régions, dans un processus classique d’adaptation locale. En 2005 et 2006, le Groënland et le territoire autonome de Nunavut (population inuit du nord du Canada) ont officiellement demandé la possibilité d’accroître leurs quotas de chasse des ours blancs. Dans le cas de Nunavut, la demande concernait une hausse de 28 % et elle était justifiée par l’augmentation considérable des ours dans la région selon les témoignages de la population. Il est évidemment impossible de statuer sur la valeur de ces témoignages directs. Mais s’ils sont vérifiés (et seul le recensement global à venir du PBSG le dira), cela peut signifier que les ours polaires ont surtout migré vers le Nord.
Les autres estimations du PBSG et de l’IUCN sont des projections (comme toujours) incertaines dans le futur, faisant état d’une réduction de 30 à 50 % de la population globale des ours d’ici 2050 si les prévisions climatiques des modèles sont correctes. Le problème est que ces prévisions elles-mêmes sont à ce jour très incertaines. La plus récente en date de Chapman et Walsh (2006, sous presse), qui servira entre autre de base au quatrième rapport de GIEC, obtient des résultats variant de +1 à +9 °C pour 2100 en Arctique. Et cela sur la base des modèles actuels rapportant la variabilité de la région polaire au réchauffement anthropique plus qu’à des oscillations naturelles pourtant bien documentées dans la région (NAO, AO).
Variation de l’Arctique et adaptabilité des ours
La réponse des ours au réchauffement climatique dépend aussi de leur capacité d’adaptation. Les ours polaires partagent avec le grizzly (Ursus arctos) de nombreuses similarités physiologiques et génétiques. Les croisements des deux espèces donnent parfois des hybrides fertiles. L’ancêtre commun de ces deux espèces a probablement vécu voici un million d’années. Les ours polaires ont évolué vers une hyper-adaptation au froid : pelage blanc, régime carnivore. Il semble que les molaires caractéristiques du régime alimentaire des ours blancs sont d’apparition encore plus récente dans l’évolution (quelques dizaines de milliers d’années).
Durant toute cette période, l’Arctique a connu d’importants changements auxquels les ours blancs se sont adaptés. Certaines études ont suggéré que l’Arctique était 1,5-3,5 °C plus chaud qu'aujourd'hui au début du Holocène par exemple (Koerner 2002), lors du Dryas récent. À l’époque, des forêts ouvertes de mélèze poussaient sur la péninsule sibérienne de Yamal (Hantemirov 2002). Il y eut aussi des épisodes très brusques de baisse des températures en Arctique voici 9200, 8600 ou 8200 ans. Certaines études ont trouvé des températures chaudes lors de l'optimum du Holocène (vers 7000-5000 ans BP), par exemple +3-9 °C en hiver et +2-5 °C en été dans le nord de la Sibérie centrale (Koshkarova 2004). Sur 140 sites de l'Arctique occidental, on a trouvé 120 sites plus chauds qu'aujourd'hui à cette période (Kaufman 2004). Sur les 16 sites ayant donné des estimations quantifiées, on estime à +1,6 °C ±0,8 par rapport au présent les températures de l'Arctique à cette époque. Autant dire que les chaleurs que nous connaissons aujourd’hui en Arctique ne sont pas (encore) exceptionnelles par rapport à leurs records des 10.000 dernières années.
Par ailleurs, et plus simplement encore, le climat arctique change beaucoup d’une saison et d’une année sur l’autre. Il existe une solide littérature sur les stratégies de "sélection de l'habitat" des ours selon les saisons et les régions (Ferguson 1999, Mauritzen 2003) et précisément selon l'état (flottant ou soudé) des glaces de mer (Ferguson 2000). Dans ce dernier papier, Ferguson et al. montrent par exemple que les sous-populations géographiques n'ont pas le même usage des tanières couvertes au Sud qu'au Nord, en fonction de la solidité et de la permanence des glaces de mer.
Andrew E. Derocher (Université de l’Alberta, Canada) et ses collègues ont ainsi souligné la difficulté de modéliser l’évolution des populations en fonction des facteurs climatiques (Derocher 2004). L’âge plus tardif de la première reproduction ou le sevrage retardé des oursons, deux facteurs qui inquiètent les biologistes des populations pour une espèce à reproduction lente, sont-ils par exemple liés à un stress énergétique dû à un manque d’approvisionnement en nourriture suite au réchauffement ? C’est loin d’être certain en l’état actuel des observations, limitées à certaines sous-populations de l’Arctique.
Il existe de nombreux impacts environnementaux mettant en danger les ours blancs. Ils sont listés en détail et référencés scientifiquement dans les appendices d’une Pétition pour l’inscription des ours au rang d’espèce vulnérable (aller sur le site du Center for Biological Diversity et cliquer sur pétition pour obtenir ce texte de 170 pages). Les ours sont notamment menacés par la hausse des exploitations pétrolières et gazières en Arctique, par l’accumulation des polluants lourds (PCB) dans leurs tissus (avec perturbation endocrinienne à la clé), par l’augmentation inconsidérée ou le non-respect des quotas de chasse. Ces faits suffisent certainement à classer l’espèce comme vulnérable. Incriminer le réchauffement climatique comme le « principal responsable » et sacrifier ainsi à la mode climato-alarmiste ne fera en revanche que détourner l’attention de ces réalités locales.
(*) Nous avons contacté à plusieurs reprises les responsables du PBSG (Andrew Derocher, Nick Lunn) pour avoir les nouvelles estimations globales (2005) des populations d’ours blanc dans le Grand Nord. Mais aucune suite n’a été donnée à ce jour à nos demandes.
Références
[Sans auteur] (2005), Petition to List the Polar Bear as a Threatened Species, Centre for Biological Diversity, 170 p.
Chapman W.L., J.E. Walsh (2006), Simulations of Arctic temperature and pressure by global coupled models, J. Climate, sous presse. Le manuscrit peut être tééchargé ici.
Derocher A.E. et al. (2004), Polar bears in a warming climate, Integrative and Comparative Biology, 44, 163-176.
Ferguson S.H. et al. (1999) ; Determinants of home range size for polar bears (Ursus maritimus), Ecology Letters, 2, 311-318.
Ferguson S.H. et al. (2000), Relationships between denning of polar bears and conditions of sea ice, J. Mammology, 81, 4, 1118-1127.
Hantemirov R.M., S.G. Shiyatov (2002), A continuous multi-millennial ring-width chronology in Yamal, north-western Siberia, The Holocene, 12, 6, 717-727.
Kaufman, T.A. et al. (2004), Holocene thermal maximum in the western Arctic (0-180 W), Quaternary Science Reviews, 23, 529-560.
Koerner, R.M., D.A. Fisher (2002), Ice-core evidence for widespread Arctic glacier retreat in the Last Interglacial and the early Holocene, Annals of Glaciology, 35, 1, 19-24.
Koshkarova V.L., A.D. Koshkarov (2004), Regional signatures of changing landscape and climate of northern central Siberia in the Holocene (en russe). Russian Geology and Geophysics, 45, 6, 672-685.
Lunn N.J. et al. (2002), Polar Bears : Proceedings of the 13th Working Meeting of the IUCN/SSC Polar Bear Specialist Group, Nuuk, Greenland, IUCN, Gland, Cambridge.
Mauritzen M. et al. (2003), Functional responses in polar bear habitat selection, Oikos, 100, 112-124.
Michaels P. (2005), Meltdown. The Predictable Distortion of Global Warming by Scientists, Politicians and the Medias, Cato Institute, Washington.
Remerciements
Merci à Guillaume Chapron pour ses informations et références sur les ours blancs. Nous vous conseillons vivement la visite de son portail Carnivore Conservation, salué par la presse scientifique internationale comme l’une des initiatives les plus sérieuses dans le domaine de la biodiversité.
La Liste rouge des espèces menacées de l’International Union for Conservation of Nature and Natural Ressources (IUCN 2006) vient de classer l’ours blanc (Ursus maritimus) comme « espèce vulnérable » (et non plus simplement « espèce dépendante de mesures de conservation »). Dans le communiqué de presse accompagnant cette décision, l’UICN précise : « L'ours blanc est voué à devenir une des plus célèbres victimes du réchauffement climatique mondial. L'impact des changements climatiques se fait de plus en plus sentir dans les régions polaires où, l’été, la banquise devrait diminuer de 50 à 100 % dans les 50 à 100 prochaines années. Comme ils dépendent de l'écoulement glaciaire arctique pour chasser les phoques et qu’ils sont hautement spécialisés et adaptés à la vie dans le milieu marin arctique, les ours blancs devraient subir un déclin de plus de 30 % de leur population dans les 45 prochaines années. »
Les choses ne sont pourtant pas aussi claires.
La proposition de classer les ours blancs comme « espèce vulnérable » a été faite en août 2005, lors du 14e meeting annuel du PBSG (Polar Bear Specialist Group). Sur le site de ce groupe de recherche, on ne trouve pour l’instant que la dernière estimation en date des populations d’ours blanc, celle de 2001 (*). L’examen attentif de cette liste ne montrait aucune corrélation entre les régions de l’Arctique se réchauffant le plus et le comportement démographique des sous-populations d’ours blanc (voir Michaels 2005, 93-100). Au contraire. L’estimation 2001 rapportait par exemple un déclin dans la périphérie occidentale du Groënland (baie de Baffin), région qui à l’époque avait connu une tendance au refroidissement.
La dynamique des ours ne suit pas celle du climat depuis 50 ans
La seule référence récente concerne une étude en cours du Dr Nick Lunn sur les ours blancs des côtes occidentales de la baie d’Hudson (Canada). Selon cette étude, dont le compte rendu a été fait à Seattle en 2005, la population des ours blancs serait passée de 1200 à 1000 individus au cours des dernières années. Le réchauffement climatique est l’un des principaux accusés. Le déclin est lié selon Lunn à une débâcle des glaces de plus en plus précoce dans l'ouest de la baie d'Hudson, due à la hausse des températures printanières, ce qui réduit la période durant laquelle les ours ont accès aux phoques. Dans le même ordre d’idée, on a également rapporté en 2005 quelques cas de noyades (très médiatisées) d’ours s’étant aventurés trop loin dans les eaux pour pêcher.
Cette explication est-elle satisfaisante ? En l’état actuel des données disponibles, non.
La baie d’Hudson représente aujourd’hui la partie la plus méridionale des territoires occupés par les ours blancs. Elle est effectivement sujette à un réchauffement soutenu depuis plus d’une décennie. La baie d’Hudson est libérée des glaces pendant environ quatre mois, entre juillet et novembre. La date des premières ruptures de glace a été avancée de 2-3 semaines depuis les années 1980 en conséquence de la hausse des températures. Pour autant, le lien de causalité entre la baisse de la population des ours en baie d’Hudson et la hausse des températures n’est pas si évident à prouver. Ainsi, la population des ours en mer de Beaufort est estimée à 1800, cette estimation est considérée comme « bonne » et la population est jugée « en augmentation » (Lunn 2002). Or, la carte ci-dessous des températures en Arctique de l’Université de l’Illinois montre que la région de la mer de Beaufort a connu un réchauffement supérieur à celle de la baie d’Hudson au cours des 50 dernières années.

La question est aussi de savoir si les ours blancs comptabilisés en moins dans la baie d’Hudson ont disparu ou s’ils ont migré vers d’autres régions, dans un processus classique d’adaptation locale. En 2005 et 2006, le Groënland et le territoire autonome de Nunavut (population inuit du nord du Canada) ont officiellement demandé la possibilité d’accroître leurs quotas de chasse des ours blancs. Dans le cas de Nunavut, la demande concernait une hausse de 28 % et elle était justifiée par l’augmentation considérable des ours dans la région selon les témoignages de la population. Il est évidemment impossible de statuer sur la valeur de ces témoignages directs. Mais s’ils sont vérifiés (et seul le recensement global à venir du PBSG le dira), cela peut signifier que les ours polaires ont surtout migré vers le Nord.
Les autres estimations du PBSG et de l’IUCN sont des projections (comme toujours) incertaines dans le futur, faisant état d’une réduction de 30 à 50 % de la population globale des ours d’ici 2050 si les prévisions climatiques des modèles sont correctes. Le problème est que ces prévisions elles-mêmes sont à ce jour très incertaines. La plus récente en date de Chapman et Walsh (2006, sous presse), qui servira entre autre de base au quatrième rapport de GIEC, obtient des résultats variant de +1 à +9 °C pour 2100 en Arctique. Et cela sur la base des modèles actuels rapportant la variabilité de la région polaire au réchauffement anthropique plus qu’à des oscillations naturelles pourtant bien documentées dans la région (NAO, AO).
Variation de l’Arctique et adaptabilité des ours
La réponse des ours au réchauffement climatique dépend aussi de leur capacité d’adaptation. Les ours polaires partagent avec le grizzly (Ursus arctos) de nombreuses similarités physiologiques et génétiques. Les croisements des deux espèces donnent parfois des hybrides fertiles. L’ancêtre commun de ces deux espèces a probablement vécu voici un million d’années. Les ours polaires ont évolué vers une hyper-adaptation au froid : pelage blanc, régime carnivore. Il semble que les molaires caractéristiques du régime alimentaire des ours blancs sont d’apparition encore plus récente dans l’évolution (quelques dizaines de milliers d’années).
Durant toute cette période, l’Arctique a connu d’importants changements auxquels les ours blancs se sont adaptés. Certaines études ont suggéré que l’Arctique était 1,5-3,5 °C plus chaud qu'aujourd'hui au début du Holocène par exemple (Koerner 2002), lors du Dryas récent. À l’époque, des forêts ouvertes de mélèze poussaient sur la péninsule sibérienne de Yamal (Hantemirov 2002). Il y eut aussi des épisodes très brusques de baisse des températures en Arctique voici 9200, 8600 ou 8200 ans. Certaines études ont trouvé des températures chaudes lors de l'optimum du Holocène (vers 7000-5000 ans BP), par exemple +3-9 °C en hiver et +2-5 °C en été dans le nord de la Sibérie centrale (Koshkarova 2004). Sur 140 sites de l'Arctique occidental, on a trouvé 120 sites plus chauds qu'aujourd'hui à cette période (Kaufman 2004). Sur les 16 sites ayant donné des estimations quantifiées, on estime à +1,6 °C ±0,8 par rapport au présent les températures de l'Arctique à cette époque. Autant dire que les chaleurs que nous connaissons aujourd’hui en Arctique ne sont pas (encore) exceptionnelles par rapport à leurs records des 10.000 dernières années.
Par ailleurs, et plus simplement encore, le climat arctique change beaucoup d’une saison et d’une année sur l’autre. Il existe une solide littérature sur les stratégies de "sélection de l'habitat" des ours selon les saisons et les régions (Ferguson 1999, Mauritzen 2003) et précisément selon l'état (flottant ou soudé) des glaces de mer (Ferguson 2000). Dans ce dernier papier, Ferguson et al. montrent par exemple que les sous-populations géographiques n'ont pas le même usage des tanières couvertes au Sud qu'au Nord, en fonction de la solidité et de la permanence des glaces de mer.
Andrew E. Derocher (Université de l’Alberta, Canada) et ses collègues ont ainsi souligné la difficulté de modéliser l’évolution des populations en fonction des facteurs climatiques (Derocher 2004). L’âge plus tardif de la première reproduction ou le sevrage retardé des oursons, deux facteurs qui inquiètent les biologistes des populations pour une espèce à reproduction lente, sont-ils par exemple liés à un stress énergétique dû à un manque d’approvisionnement en nourriture suite au réchauffement ? C’est loin d’être certain en l’état actuel des observations, limitées à certaines sous-populations de l’Arctique.
Il existe de nombreux impacts environnementaux mettant en danger les ours blancs. Ils sont listés en détail et référencés scientifiquement dans les appendices d’une Pétition pour l’inscription des ours au rang d’espèce vulnérable (aller sur le site du Center for Biological Diversity et cliquer sur pétition pour obtenir ce texte de 170 pages). Les ours sont notamment menacés par la hausse des exploitations pétrolières et gazières en Arctique, par l’accumulation des polluants lourds (PCB) dans leurs tissus (avec perturbation endocrinienne à la clé), par l’augmentation inconsidérée ou le non-respect des quotas de chasse. Ces faits suffisent certainement à classer l’espèce comme vulnérable. Incriminer le réchauffement climatique comme le « principal responsable » et sacrifier ainsi à la mode climato-alarmiste ne fera en revanche que détourner l’attention de ces réalités locales.
(*) Nous avons contacté à plusieurs reprises les responsables du PBSG (Andrew Derocher, Nick Lunn) pour avoir les nouvelles estimations globales (2005) des populations d’ours blanc dans le Grand Nord. Mais aucune suite n’a été donnée à ce jour à nos demandes.
Références
[Sans auteur] (2005), Petition to List the Polar Bear as a Threatened Species, Centre for Biological Diversity, 170 p.
Chapman W.L., J.E. Walsh (2006), Simulations of Arctic temperature and pressure by global coupled models, J. Climate, sous presse. Le manuscrit peut être tééchargé ici.
Derocher A.E. et al. (2004), Polar bears in a warming climate, Integrative and Comparative Biology, 44, 163-176.
Ferguson S.H. et al. (1999) ; Determinants of home range size for polar bears (Ursus maritimus), Ecology Letters, 2, 311-318.
Ferguson S.H. et al. (2000), Relationships between denning of polar bears and conditions of sea ice, J. Mammology, 81, 4, 1118-1127.
Hantemirov R.M., S.G. Shiyatov (2002), A continuous multi-millennial ring-width chronology in Yamal, north-western Siberia, The Holocene, 12, 6, 717-727.
Kaufman, T.A. et al. (2004), Holocene thermal maximum in the western Arctic (0-180 W), Quaternary Science Reviews, 23, 529-560.
Koerner, R.M., D.A. Fisher (2002), Ice-core evidence for widespread Arctic glacier retreat in the Last Interglacial and the early Holocene, Annals of Glaciology, 35, 1, 19-24.
Koshkarova V.L., A.D. Koshkarov (2004), Regional signatures of changing landscape and climate of northern central Siberia in the Holocene (en russe). Russian Geology and Geophysics, 45, 6, 672-685.
Lunn N.J. et al. (2002), Polar Bears : Proceedings of the 13th Working Meeting of the IUCN/SSC Polar Bear Specialist Group, Nuuk, Greenland, IUCN, Gland, Cambridge.
Mauritzen M. et al. (2003), Functional responses in polar bear habitat selection, Oikos, 100, 112-124.
Michaels P. (2005), Meltdown. The Predictable Distortion of Global Warming by Scientists, Politicians and the Medias, Cato Institute, Washington.
Remerciements
Merci à Guillaume Chapron pour ses informations et références sur les ours blancs. Nous vous conseillons vivement la visite de son portail Carnivore Conservation, salué par la presse scientifique internationale comme l’une des initiatives les plus sérieuses dans le domaine de la biodiversité.
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