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Résister au réchauffement médiatique !

Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s'accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse... tout cela par la faute de l'homme, de l'émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier ? Oubliez-le.

Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
Le documentaire de fiction Une vérité qui dérange en témoigne : les symboles africains ont toujours une certaine efficacité quand il s’agit de faire partager un point de vue catastrophiste. Au hasard des nombreuses images et commentaires, Al Gore suggère ainsi que l’assèchement du Lac Tchad et la disparition des glaces du Kilimanjaro sont la conséquence directe du réchauffement climatique d’origine anthropique. La réalité est bien sûr plus complexe que cette fiction.

Le lac Tchad est situé à la confluence de plusieurs pays (Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun). Il a connu entre les années 1960 et les années 1990 une réduction drastique de sa superficie, de 25.000 km2 à 1000 km2 (photo : image satellite de l’évolution de la région, NASA). Les conditions arides prédominent dans les deux-tiers Nord, en zone sahélienne, l’essentiel de l’alimentation en eau étant réalisé au Sud, par un régime de mousson concentré en juin, juillet et août, la rivière Chari assurant 90 % du déversement depuis le bassin de drainage.

L’évolution du lac Tchad a été analysée par Michael T. Coe et Jonathan A. Foley entre 1953 et 1994, sur la base des observations et avec l’aide de deux modèles (IBIS, HYDRA). La première période de sécheresse et déclin de la superficie (1955-1979) est dominée par la variabilité climatique. La seconde période (1983-1994) voit en revanche s’accroître la responsabilité humaine, les ponctions sur le bassin de drainage pour l’irrigation agricole étant alors multipliées par quatre. Au total, l’irrigation représente 50 % du déclin de la superficie du lac Tchad sur la période, la variabilité climatique l’autre moitié.

Le réchauffement climatique anthropique est-il à l’origine de la faiblesse des précipitations dans la région ? Aucun auteur ne l’affirme, toutes les études convergent pour montrer la forte variabilité naturelle de la région. Le déclin des précipitations a commencé dans les années 1960, c’est-à-dire à une période où l’on assistait à un léger refroidissement global. Ces dernières années, qui sont celles du fameux « réchauffement sans précédent », sont au contraire marquées par une augmentation des précipitations dans la zone sahélienne (Hutchinson 2005, Nicholson 2005).

Une étude sur 5500 extraits sédimentaires au Nord-Est du Nigeria a conclu que les périodes de sécheresse dans cette zone ont été récurrentes au cours des 1500 ans passés (Holmes 1997). Dans un autre travail sur les changements abrupts du climat, Overpeck et Webb soulignent que « les archives sur l’évolution de l’humidité couvrant les 10.000 dernières années en Afrique occidentale ou orientale montrent que des changements abrupts et abondants de l’humidité disponible grâce au régime de mousson sont survenus à de nombreuses reprises dans le passé » (Overpeck 2000). Enfin, plusieurs études ont suggéré que le lac Tchad a été totalement asséché à plusieurs reprises, notamment au début des années 1800, en sortie du Petit Âge Glaciaire et comme de nombreux autres lacs de la région équatoriale africaine (Naivash, Malawi, Ruka, Chiuta, etc.) (Nicholson 2001).

La conclusion est simple : l’évolution récente du lac Tchad est liée à des variations naturelles du climat aggravées par une mauvaise gestion locale de l’irrigation.

Autre symbole, le Kilimanjaro. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer sur ce site le sommet tropical africain. Nous rappelons donc à nouveau que les recherches les plus récentes (Cullen 2006, Kaser 2004, Kaser 2005, Mölg 2003, Mölg 2006) ont établi les faits suivants :

- la perte des glaces du Kilimanjaro est un phénomène étalé depuis le début des mesures (vers 1905) dont les fluctuations ne sont pas corrélées au réchauffement de l’atmosphère ambiante (la période 1989-2003 a ainsi le plus faible rythme de fonte depuis un siècle, malgré le « réchauffement sans précédent » de ces deux dernières décennies) ;
- les deux facteurs les plus importants pour la dynamique des glaces tropicales en Afrique orientale sont l’insolation des versants (liée à la nébulosité) et surtout l’humidité ;
- le déclin du bilan de masse présent dès le début du XXe siècle et continu depuis (en phase de réchauffement comme de refroidissement) indique que les glaciers du Kilimanjaro sont en situation de déséquilibre constant par rapport aux situations climatiques passées ayant permis leur extension maximale ;
- l’humidité de cette zone a connu une brusque chute vers 1880 (bien avant l’effet de serre anthropique), probablement due à une modification du mode zonal de l’Océan indien ;
- les émissions de gaz à effet de serre ne sont donc pas responsables du déclin séculaire du géant africain, qui ne peut certainement pas être choisi comme le symbole des perturbations anthropiques du climat.

La conclusion est donc claire : les monts du Kilimandjaro et le lac Tchad sont deux symboles africains de la variabilité naturelle du climat terrestre ou des effets locaux de l'activité humaine, certainement pas de l'action décisive des gaz à effet de serre. Leur prise en otage par la propagande alarmiste révèle combien il est difficile pour celle-ci de trouver des catastrophes climatiques imputables aux 250 années de révolution industrielle moderne.

Références
Coe, M.T., et J.A. Foley (2001), Human and natural impacts on the water resources of the Lake Chad basin, Journal of Geophysical Research, 106, 3349-3356.
Cullen, N.J., et al. (2006), Kilimanjaro glaciers: Recent areal extent from satellite data and new interpretation of observed 20th century retreat rates, Geophysical Research Letters, 33, 10.1029/2006GL027084.
Holmes, J.A. et al. ( 1997),  Holocene palaeolimnology of Kajemarum Oasis, Northern Nigeria: An isotopic study of ostracodes, bulk carbonate and organic carbon, Journal of the Geological Society, London, 154, 311-319.
Hutchinson, C.F. et al. (2005), Introduction: The "Greening" of the Sahel, Journal of Arid Environments, 63, 535-537.
Kaser G. et al. (2004), The behavior of modern low-latitude glaciers, Past Global Changes News, 12, 1, 15-17.
Kaser G. et al. (2005), Low-latitude glaciers: Unique global climate indicators and essential contributors to regional fresh water supply. A conceptual approach. In: Huber, U., H. K. M. Bugmann, and M. A. Reasoner (ed.), Global Change and Mountain Regions: A State of Knowledge Overview, Kluwer: New York, vol. 23., 185-196.
Mölg T. et al. (2006), Indian Ocean zonal mode activity in a multicentury integration of a coupled AOGCM consistent with climate proxy data, Geophysical Research Letters, 33, L18710, doi:10.1029/2006GL026384, 2006
Mölg, T. et al. (2003), Solar-radiation-maintained glacier recession on Kilimanjaro drawn from combined ice-radiation geometry modeling, Journal of Geophysical Research, 108, D23, 4731, doi:10.1029/2003JD003546.
Nicholson S. (2005), On the question of the 'recovery" of the rains in the West African Sahel, Journal of Arid Environments, 63, 615-641.
Nicholson, S.E. et Yin, X.  (2001),  Rainfall conditions in equatorial East Africa during the Nineteenth Century as inferred from the record of Lake Victoria, Climatic Change, 48, 387-398.
Overpeck J. et R. Webb (2000), Nonglacial rapid climate events: Past and future, PNAS, 97, 1335-38.
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