Trois chercheurs de renom ont préféré démissionner ou s’éloigner du GIEC (Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat, IPCC en anglais), dont ils contestent les préjugés et les méthodes. Un exemple parmi d’autres du manque d’objectivité entourant aujourd’hui l’expertise des questions climatiques.
On dit et répète à longueur de pages que le GIEC exprime le consensus actuel de la communauté scientifique, qu'il recrute sans a priori les responsables des différentes parties de la rédaction scientifique, qu'il offre un processus ouvert à toutes les critiques externes. Malheureusement, tel n'est pas l'avis de tous les chercheurs concernés.
Le 17 janvier 2005, Chris Lansea a fait savoir par une lettre ouverte à la communauté scientifique qu'il renonce à participer aux travaux du futur 4e rapport du GIEC (2007). Ce spécialiste international des cyclones avait participé aux 2e et 3e rapport du GIEC. Or, il a constaté que le futur auteur principal du chapitre concerné (Kevin Trenberth) s'est répandu dans la presse dès 2004 sur le lien probable existant entre le réchauffement du climat et la gravité des cyclones. Outre le devoir de réserve qui s'imposait à Trenberth, il se trouve que cette assertion est contredite par les faits et que la majorité des experts en ce domaine considère comme très improbable un effet significatif de la température sur la fréquence ou l'intensité des cyclones. Chris Landsea en a tiré les conclusions qui s'imposent : "Je ne peux personnellement et en toute bonne foi continuer à contribuer à un processus dont je considère qu'il est motivé par des objectifs préconçus et qu'il est scientifiquement non fondé".
Le cas Landsea n'est pas isolé. Richard Lidzen, titulaire de la chaire Alfred P. Sloan de météorologie au MIT, a démissionné avec fracas après la publication du troisième rapport de GIEC auquel il avait pourtant collaboré. "Le processus engagé par le GIEC relève de la politique et non pas de la science" a notamment déclaré le chercheur. Motif initial de sa colère : la manière dont le GIEC a résumé le chapitre 7 (où il collaborait) consacré aux processus physiques du climat et à leur modélisation - les fameux modèles qui permettent d'anticiper des hausses et d'en alerter les décideurs. Dans son contenu réel, le chapitre montre l'extrême pauvreté des modèles en ce qui concerne (entre autres) la prise en compte de la vapeur d'eau et des nuages. C'est un peu gênant car la vapeur d'eau est, de très loin, le principal gaz à effet de serre de la planète (au moins 60% de l'effet). Or, cet aveu objectif de grande incertitude est devenu dans le résumé pour les décideurs : "Les connaissances relatives à l'évolution du climat et leur incorporation dans les modèles climatiques se sont améliorées, notamment en ce qui concerne la vapeur d'eau, la dynamique des glaces de mer et le transport thermique océanique".
La critique de Lindzen ne s'arrête pas là. "Le problème le plus épineux [dans le rapport du GIEC] est qu'il est présenté comme un consensus impliquant des centaines, peut-être des milliers de scientifiques... mais aucun d'entre eux ne s'est vu demander s'il acceptait quoi que ce soit dans l'ensemble du rapport, hormis deux ou trois pages sur lesquelles il travaillait". Lindzen n'est pas tendre pour l'esprit "moutonnier" qui préside à la fabrication du consensus : "quand des fonctionnaires chargés des relevés météo en Nouvelle-Zélande ou en Tanzanie se voient désignés comme 'des scientifiques du climat de renommée internationale', il n'est pas étonnant qu'ils en viennent à soutenir le processus".
Troisième exemple : John Christy, l'un des rares experts internationaux dans l'interprétation des données satellitaires relatives au climat, responsable de la plus ancienne base de données en ce domaine (Université de l'Alabama, Huntsville). Christy n'a pas démissionné, contrairement à ses collègues, et s'est même dit favorablement impressionné par le sérieux du travail effectué dans son chapitre. Mais ses réserves sont bien réelles. Lui aussi a été irrité par le fameux « Résumé à l'intention des décideurs » - il est vrai le texte le plus important, puisque la totalité du rapport ne sera lu que par les experts eux-mêmes ou les rares passionnés du sujet. "Pourquoi, par exemple, une page entière est-elle consacrée à des graphiques d'évolution des températures de surface montrant un réchauffement considérable, avec une demi-page supplémentaire de commentaires, alors que les changements dans l'ensemble de l'atmosphère, autrement plus important pour la physique des gaz à effet de serre, n'occupe que sept phrase ?" Ce choix n'est évidemment pas neutre et c'est l'un des nombreux "détails" qui font douter de l'objectivité du résumé. Mais Christy connaît bien sûr la réponse à la question, comme le démontrent ses impressions : "Bien que j'ai eu plaisir à travailler avec le GIEC, j'ai trouvé que la plupart des auteurs majeurs approuvaient clairement le Protocole de Kyoto. Plusieurs d'entre eux m'ont clairement dit que le rapport devait apporter toutes les preuves nécessaires pour que les gouvernants adoptent le traité (...) Du sommet à la base de l'organisation du GIEC, il existait un préjugé évident chez une majorité d'auteurs en faveur de certaines politiques spécifiques. S'il l'on avait fait un sondage, je dirais qu'au moins 80% des auteurs principaux soutenaient le protocole de Kyoto. Vu cette situation, il n'est pas très difficile de repérer des sections du rapport qui s'éloignent de l'objectivité scientifique risquant de nuire à la vue selon laquelle les changements climatiques dangereux sont une certitude, tel que le projettent les modèles". (Christy in Michaels 2005).
Trois auteurs du GIEC, trois chercheurs réputés, trois spécialités différentes, un seul et même constat : les travaux du GIEC sont orientés par des préjugés et leur formulation laisse à désirer, surtout en ce qui concerne les résumés destinés aux décideurs et aux relais d'opinion. Conclusion : le « consensus des experts » est une légende. Et fort heureusement pour la science, qui a besoin du dissensus, de la critique et de l’objection pour progresser !
Références
Michaels P.J. (ed.) (2005), Shattered Consensus. The True State of Global Warming, Rowman & Littlefield, lanham.
On dit et répète à longueur de pages que le GIEC exprime le consensus actuel de la communauté scientifique, qu'il recrute sans a priori les responsables des différentes parties de la rédaction scientifique, qu'il offre un processus ouvert à toutes les critiques externes. Malheureusement, tel n'est pas l'avis de tous les chercheurs concernés.
Le 17 janvier 2005, Chris Lansea a fait savoir par une lettre ouverte à la communauté scientifique qu'il renonce à participer aux travaux du futur 4e rapport du GIEC (2007). Ce spécialiste international des cyclones avait participé aux 2e et 3e rapport du GIEC. Or, il a constaté que le futur auteur principal du chapitre concerné (Kevin Trenberth) s'est répandu dans la presse dès 2004 sur le lien probable existant entre le réchauffement du climat et la gravité des cyclones. Outre le devoir de réserve qui s'imposait à Trenberth, il se trouve que cette assertion est contredite par les faits et que la majorité des experts en ce domaine considère comme très improbable un effet significatif de la température sur la fréquence ou l'intensité des cyclones. Chris Landsea en a tiré les conclusions qui s'imposent : "Je ne peux personnellement et en toute bonne foi continuer à contribuer à un processus dont je considère qu'il est motivé par des objectifs préconçus et qu'il est scientifiquement non fondé".
Le cas Landsea n'est pas isolé. Richard Lidzen, titulaire de la chaire Alfred P. Sloan de météorologie au MIT, a démissionné avec fracas après la publication du troisième rapport de GIEC auquel il avait pourtant collaboré. "Le processus engagé par le GIEC relève de la politique et non pas de la science" a notamment déclaré le chercheur. Motif initial de sa colère : la manière dont le GIEC a résumé le chapitre 7 (où il collaborait) consacré aux processus physiques du climat et à leur modélisation - les fameux modèles qui permettent d'anticiper des hausses et d'en alerter les décideurs. Dans son contenu réel, le chapitre montre l'extrême pauvreté des modèles en ce qui concerne (entre autres) la prise en compte de la vapeur d'eau et des nuages. C'est un peu gênant car la vapeur d'eau est, de très loin, le principal gaz à effet de serre de la planète (au moins 60% de l'effet). Or, cet aveu objectif de grande incertitude est devenu dans le résumé pour les décideurs : "Les connaissances relatives à l'évolution du climat et leur incorporation dans les modèles climatiques se sont améliorées, notamment en ce qui concerne la vapeur d'eau, la dynamique des glaces de mer et le transport thermique océanique".
La critique de Lindzen ne s'arrête pas là. "Le problème le plus épineux [dans le rapport du GIEC] est qu'il est présenté comme un consensus impliquant des centaines, peut-être des milliers de scientifiques... mais aucun d'entre eux ne s'est vu demander s'il acceptait quoi que ce soit dans l'ensemble du rapport, hormis deux ou trois pages sur lesquelles il travaillait". Lindzen n'est pas tendre pour l'esprit "moutonnier" qui préside à la fabrication du consensus : "quand des fonctionnaires chargés des relevés météo en Nouvelle-Zélande ou en Tanzanie se voient désignés comme 'des scientifiques du climat de renommée internationale', il n'est pas étonnant qu'ils en viennent à soutenir le processus".
Troisième exemple : John Christy, l'un des rares experts internationaux dans l'interprétation des données satellitaires relatives au climat, responsable de la plus ancienne base de données en ce domaine (Université de l'Alabama, Huntsville). Christy n'a pas démissionné, contrairement à ses collègues, et s'est même dit favorablement impressionné par le sérieux du travail effectué dans son chapitre. Mais ses réserves sont bien réelles. Lui aussi a été irrité par le fameux « Résumé à l'intention des décideurs » - il est vrai le texte le plus important, puisque la totalité du rapport ne sera lu que par les experts eux-mêmes ou les rares passionnés du sujet. "Pourquoi, par exemple, une page entière est-elle consacrée à des graphiques d'évolution des températures de surface montrant un réchauffement considérable, avec une demi-page supplémentaire de commentaires, alors que les changements dans l'ensemble de l'atmosphère, autrement plus important pour la physique des gaz à effet de serre, n'occupe que sept phrase ?" Ce choix n'est évidemment pas neutre et c'est l'un des nombreux "détails" qui font douter de l'objectivité du résumé. Mais Christy connaît bien sûr la réponse à la question, comme le démontrent ses impressions : "Bien que j'ai eu plaisir à travailler avec le GIEC, j'ai trouvé que la plupart des auteurs majeurs approuvaient clairement le Protocole de Kyoto. Plusieurs d'entre eux m'ont clairement dit que le rapport devait apporter toutes les preuves nécessaires pour que les gouvernants adoptent le traité (...) Du sommet à la base de l'organisation du GIEC, il existait un préjugé évident chez une majorité d'auteurs en faveur de certaines politiques spécifiques. S'il l'on avait fait un sondage, je dirais qu'au moins 80% des auteurs principaux soutenaient le protocole de Kyoto. Vu cette situation, il n'est pas très difficile de repérer des sections du rapport qui s'éloignent de l'objectivité scientifique risquant de nuire à la vue selon laquelle les changements climatiques dangereux sont une certitude, tel que le projettent les modèles". (Christy in Michaels 2005).
Trois auteurs du GIEC, trois chercheurs réputés, trois spécialités différentes, un seul et même constat : les travaux du GIEC sont orientés par des préjugés et leur formulation laisse à désirer, surtout en ce qui concerne les résumés destinés aux décideurs et aux relais d'opinion. Conclusion : le « consensus des experts » est une légende. Et fort heureusement pour la science, qui a besoin du dissensus, de la critique et de l’objection pour progresser !
Références
Michaels P.J. (ed.) (2005), Shattered Consensus. The True State of Global Warming, Rowman & Littlefield, lanham.
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