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Résister au réchauffement médiatique !

Les températures battent chaque année des records, les glaces fondent partout, la hausse du niveau des mers s'accélère, les événements extrêmes se multiplient, les peuples premiers sont menacés, les espèces vont disparaître en masse... tout cela par la faute de l'homme, de l'émission des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique global qui en résulte. Ce grand récit vous est familier ? Oubliez-le.

Malgré le bombardement permanent de nouvelles alarmistes présentées comme autant d’évidences scientifiques, il n’existe aujourd’hui aucun consensus chez les experts du climat. Vous désirez aller au-delà des effets d’annonce ? Connaître les tenants et aboutissants du climat présent et à venir ? Découvrir la face cachée du débat climatique ? Bienvenue sur Climat Sceptique, le blog de résistance à l’air (réchauffé) du temps. Il est animé par Charles Muller, auteur et journaliste scientifique. Et ouvert à toutes les compétences.

Précision importante : il n’existe aucun conflit d’intérêt dans les textes que vous allez lire. Ce site ne bénéficie pas des subsides des industries de l’énergie fossile. Ni des subventions de gouvernements soucieux de légitimer leurs choix politiques. Ni de dons d’organisations écologistes désireuses de faire progresser leur cause. Bref, nous sommes pauvres, mais libres.

Bonne lecture.
Le réchauffement climatique est régulièrement accusé de mettre en péril la biodiversité. Certaines estimations prévoient des extinctions massives au cours du XXIe siècle - la plus citée considère que 18 à 35 % des espèces animales et végétales sont concernés. Cette catastrophe annoncée est-elle crédible ? Un examen plus attentif de la question permet d'en douter. Aucun cas d'extinction d'espèce due au réchauffement n'a été rapporté depuis 150 ans. De nombreuses études montrent que les réactions de la faune et de la flore au réchauffement sont de faible amplitude, certaines allant à l'encontre du résultat attendu. Toutes choses égales par ailleurs, un réchauffement de la planète et une augmentation du CO2 atmosphérique seraient sans doute favorables à la biodiversité.

Le 8 janvier 2004, une étude paraît dans la revue Nature. Intitulée 'Extinction risk from climate change', elle a mobilisé 18 chercheurs, 14 centres de recherche, 7 nationalités. L'auteur principal est Chris D. Thomas, biologiste à l'Université de Leeds (UK).

Pour la première fois, les auteurs ont entrepris de modéliser les probabilité d'extinction des espèces en fonction de l'évolution du climat sur 50 ans. 1103 espèces (mammifères, oiseaux, reptiles, insectes, végétaux) ont été choisies comme représentatives de la biodiversité sur une zone géographique large, couvrant environ 1/5e des terres émergées. Pour modéliser l'évolution de chacune de ces espèces au cours des prochaines décennies, les auteurs ont pris comme données de base les éléments climatiques actuels de leur écosystème (température, précipitation, saisonnalité) en fonction de leur distribution géographique. Ils ont également fait varier la capacité de migration des espèces (de migration nulle à universelle au sein de l'aire considérée). Concernant l'évolution du climat, trois scénarios du GIEC ont été utilisés, en retenant le gradient de réchauffement et la concentration en CO2 : +0,8-1,7°C et 500ppm de CO2, +1,8-2,0°C et 500-550 ppm de CO2, +2,0°C et 550 ppm de CO2.

Résultat de cette modélisation : la pression vers l'extinction devrait concerner entre 18% et 35% des espèces, avec une valeur moyenne de 24%.

La disparition d'un quart des espèces d'un écosystème donné est assurément un événement majeur. Le journal Nature en a logiquement fait sa couverture (la fameuse "top story") et les médias du monde entier ont donné écho à la nouvelle alarmante. Si les auteurs se gardaient d'extrapoler dans le journal scientifique au-delà des 1103 cas étudiés, leur communiqué de presse n'hésitait pas à le faire : à l'en croire, un million d'espèces animales et végétales serait menacé d'ici 2050 par le réchauffement climatique.

Un million d'espèces sur le point de disparaître par la seule cause du climat réchauffé, et donc indirectement de l'homme... Un scénario de cauchemar, assurément. Mais un scénario hautement fantaisiste. L'étude de Thomas et al. souffre en effet de biais considérables et aboutit à des conclusions intenables.

Le premier biais tient à la surévaluation du climat, et plus précisément de la température, dans l'évolution de la biodiversité. La méthode utilisée par les auteurs peut en effet s'expliquer de la manière suivante (exemple imaginaire) : si une espèce actuelle vit entre un minimum hivernal de 5°C et un maximum estival de 35°C sur une aire donnée, elle tendra vers l'extinction dès lors que l'aire de températures similaires projetée en 2050 a diminué dans son écosystème. Il est évident qu'une telle méthode ne peut qu'aboutir à une conclusion pessimiste quand on applique un scénario global de réchauffement.

Autre biais de l'étude : l'ignorance des conditions locales. Les experts du GIEC eux-mêmes reconnaissent que leurs modèles climatiques indiquent des températures globales, mais ne peuvent en aucun cas prévoir à 50 ans (ni même à 5, 10 ou 20 ans) les variations locales. Un réchauffement global de 1°C peut très bien se traduire par des températures stables, voire plus froides dans de nombreuses zones. Voici par exemple une carte comparant les anomalies thermiques de la décennie 1996-2005 par rapport à la décennie précédente. Les années 1996-2005 compteraient parmi les plus chaudes des 150 dernières années, avec des "records" en 1998, 2002, 2003, 2004 et 2005.


Variation de température entre 1996-2005 et 1986-1995
Source : GISS. On constate que le réchauffement "record" des dix dernières années n'est pas réparti uniformément sur la Terre, de nombreuses zones conservant des températures constantes (blanc) ou enregistrant des amplitudes faibles (jaune clair).


Malgré une différence globale de 0,21 °C entre les deux décennies, la carte permet de constater que de nombreuses régions ont conservé une température constante ou légèrement plus fraîche (zones en blanc et bleu). C'est le cas de larges zones des Amériques, de Sibérie, d'Asie, du Sud de l'Afrique, de l'Australie et de l'Antarctique.

Le défaut majeur du modèle de Thomas et al. est donc son simplisme. Les biologistes qui étudient l'écologie évolutive et fonctionnelle savent que l'on peut utiliser deux types de modèles. Les uns, dits 'statistiques', font intervenir un nombre limité de paramètres quantifiés et étudient leur évolution dans le temps. Les autres, dits 'mécanistes', simulent le comportement réel d'une espèce donnée à partir de tous les éléments dont on dispose sur l'espèce en question. Ce dernier choix est évidemment plus fin et précis. Le problème, c'est que nos connaissances réelles sur les espèces dans leur milieu naturel sont extrêmement limitées, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Non seulement on ne connaît pas le nombre exact d'espèces présentes sur Terre, mais bien peu d'entre elles font l'objet d'études intensives in situ. Nous verrons un peu plus loin que certaines espèces, étudiées de plus près, semblent répondre de manière souple aux modifications locales du climat.


Pourquoi le Dryas n'a pas provoqué d'hécatombe

Si le modèle de Thomas et al. était exact, on devrait pouvoir l'appliquer au passé, et non seulement au futur. Dans ce cas, on se trouve confronté à des projections intenables. Le scénario le plus conservateur fait état d'une disparition de 18% des espèces pour un réchauffement de 0,8-1,5°C. Mais la fourchette basse de ce scénario est presque atteinte par l'évaluation dominante du GIEC, à savoir un réchauffement moyen depuis 1861 de 0,6°C +/- 0,2°C, et des périodes de fort réchauffement déjà anciennes, comme la tranche 1910-1940. En bonne logique, on aurait dû déjà assister à une pression forte vers l'extinction d'espèces, non explicable par d'autres facteurs que le réchauffement. Or, ce phénomène n'est pas documenté.

Quant on remonte un peu dans les temps géologiques, le scénario prend des proportions inquiétantes. On sait que le climat est tout sauf stable. Un épisode bien connu du Holocène est le Dryas Récent, qui est intervenu voici 12.900 - 11.500 années. Cette période fut marquée par une extrême amplitude des climats sur un temps très bref, au moins dans l'hémisphère Nord. Cette amplitude a pu être documentée par diverses indices, comme les carottages de glace au Groenland ou l'examen des pollens prisonniers des tourbières (Dansgaard 1989, Alley 1993, Severinghaus 1998). Dans la phase de refroidissement, on estime que le Groenland a perdu 15°C, l'Europe 5°C. La phase de réchauffement qui suivit fut plus brutale encore, avec des gains de 6°C estimé sur des périodes très courtes (environ une cinquantaine d'année). Cette amplitude climatique, sans commune mesure avec celle observée depuis 100 ou 1000 ans, aurait dû conduire à des extinctions massives. Le scénario le plus sombre de Thomas et al. fait état de 35% d'espèces menacées pour un réchauffement 'limité' à 2,0°C : le Dryas Récent a multiplié cette donnée par un facteur trois sur une durée comparable (quelques décennies à quelques siècles). Et cela si l'on ne tient compte que du réchauffement. Le pic de biodiversité constamment observé dans les régions équatoriales, les plus chaudes et les plus humides, par rapport à la relative pauvreté des régions polaires, suggère que le refroidissement constitue une menace non moins sérieuse pour la biodiversité. Dans ces conditions, et si l'on utilise des modèles simples comme ceux de Thomas et al., le Dryas Récent aurait provoqué dans l'Hémisphère Nord des hécatombes comparables aux grandes extinctions de masse du passé géologique ! Là encore, rien de tel n'est documenté (Van Loon 2003).

Les amplitudes thermiques du Groenland central révélées par les carottages glaciaires (source : données GISP2). Le réchauffement actuel est sans commune mesure avec les variations brusques vers le chaud ou vers le froid des épisodes chaotiques du Dryas.

Autre exemple : notre époque géologique, baptisée Holocène, a débuté voici 10.000 ans (années radiocarbone). Presque toutes les espèces aujourd'hui présentes sur Terre (hormis les espèces domestiques) étaient déjà là tout au long de cette période. Or, le Holocène est marqué par des larges amplitudes climatiques, avec de longues phases de réchauffement entrecoupées d'épisodes froids. On estime que l'optimum climatique du Holocène, qui se situe voici 5000 à 9000 ans était marqué par des températures plus chaudes qu'aujourd'hui (+0,5 à 2°C). Là encore, on aurait dû constater des extinctions importantes, ce qui ne fut pas le cas hormis quelques espèces spécialisées dans la survie en régions très froides (l'exemple le plus célèbre est le mammouth).


Comment la vie réagit vraiment aux variations du climat

Depuis Darwin, on sait que les espèces évoluent principalement selon un schéma simple et universel : variation des traits individuels, sélection des traits les plus avantageux, adaptation conséquente au milieu. Il est évident que le climat a toujours représenté une contrainte forte pour les espèces animales et végétales. Une espèce absolument incapable de s'adapter à des variations d'ensoleillement, de température ou d'humidité aurait peu de chance de survivre longtemps sous les cieux toujours changeants de la Terre. Cette évidence apporte une nouvelle limite au scénario catastrophe de Thomas et al. Si l'on reprend notre exemple d'une population habituée à vivre entre des températures annuelles extrêmes de 5 et 35 °C, deux données doivent être prise en compte : la plasticité comportementale qui permet à une proportion d'organismes de s'adapter à des variations légères du milieu (par exemple des températures de 7 à 40°C) ; la variabilité génétique qui fait que certains individus sont mieux prédisposés que d'autres à survivre à des amplitudes thermiques.

Il ne s'agit pas ici d'hypothèses gratuites : le phénomène a déjà été vérifié. Denis Réal (Université du Québec, Montréal) et son équipe ont par exemple étudié l'écureuil roux du Yukon. L'influence de l'évolution récente des températures printanières (env. +2°C) a été mesurée sur une population de plusieurs milliers d'individus et sur quatre générations. Les chercheurs ont constaté que sur une dizaine d'années, les écureuils mettent en moyenne leur portée au monde dix-huit jours plus tôt. Explication des biogéographes : les individus possédant une prédisposition génétique favorable (gestation plus rapide, décalage du cycle reproductif) ont rapidement pris le dessus sur les autres. Cet exemple illustre l'adaptabilité au climat des individus et des espèces. Elle semble particulièrement prononcée chez l'écureuil du Yukon, puisqu'à peine dix ans ont suffi pour produire une évolution notable.

Les exemples ne se trouvent pas que chez les mammifères. Les oiseaux montrent aussi une étonnante capacité d'adaptation. Une étude menée entre 1975 et 1995 a par exemple sur 65 espèces européennes a montré que toutes à l'exception d'une (le pigeon colombin Columba oenas) ont avancé la date de ponte dans l'année, cette précocité atteignant neuf jours pour une vingtaine d'espèces (Crick 1999). Quand on étudie plus en détail une population particulière, on s'aperçoit cependant de sa grande variation interne. Un travail mené sur vingt ans et concernant 24 populations de mésanges réparties dans six pays européens a ainsi montré que la réponse de la faune aviaire à des variations climatiques semblables peut différer selon les régions, mais aussi entre des groupes géographiquement des proches. La diversité en question ne concernait pas que la précocité des accouplement set des pontes, fait le plus souvent observé, mais aussi la fréquence des secondes couvées (Visser 2003).


Les données disponibles ne sont pas si alarmantes

Une étude quantitative a été menée sur la réponse de plus de 1700 espèces aux changements climatiques du XXe siècle (Parmesan 2003). Cette méta-analyse a rassemblé les données de 30 études précédentes. Elle concerne la phénologie (évolution saisonnière et annuelle des cycles naturels des organismes), la distribution et l'abondance des espèces étudiées. Il en ressort les résultats suivants.
- Pour 99 espèces d'oiseaux, de végétaux alpins ou de papillons, on note un déplacement moyen vers le Nord de 6,1 km  (ou d'un mètre d'altitude) par décennie. Qu'une espèce d'oiseau modifie son aire de 60 km en un siècle ou qu'une espèce d'herbe grimpe de 10 mètres en un siècle n'a rien d'un bouleversement dramatique.
- Pour 172 espèces de végétaux (herbes, arbres) et d'animaux (papillons, amphibiens), on note une modification phénologique moyenne de précocité du calendrier printanier de 2,3 jours par décennie. Là encore, l'évolution ne présente pas les traits d'une catastrophe sans précédent : 23 jours en un siècle à conditions de réchauffement constantes.
- Pour 678 espèces dont on dispose de données phénologiques sur le long terme, 196 n'ont pas de mouvement notable, 423 montrent des adaptations au réchauffement, 61 des adaptations au refroidissement.
- Pour 920 espèces dont on dispose de données relatives à la distribution et à l'abondance, 460 ne présentent pas d'évolution significative, 372 évoluent conformément aux prédictions du réchauffement, 88 en sens inverse des prédictions (près des deux-tiers des espèces ne répondent donc pas ici localement au supposé réchauffement global).

Ces données pour le moins contrastées ne confirment nullement l'hypothèse d'une catastrophe imminente. Un ouvrage entier consacré à la question ne rapporte d'ailleurs aucun cas d'extinction récente d'espèce due aux variations locale ou globale du climat (Lovejoy et Hannah 2004), mais des séries locales de variation dont on ne sait pas, sur le long terme, si elles s'inscrivent dans le comportement normal de l'espèce.

Que conclure ?
- Les modélisations consistant à isoler les seuls critères climatiques globaux (température, concentration CO2) sont trop simplistes pour rendre compte de l'évolution réelle des espèces sur une longue période.
- Les variations de température récentes (réchauffement depuis 1861) ou plus anciennes (épisode chaotique du Dryas Récent) ne se sont pas traduites par une disparition massive d'espèces, alors que leur amplitude a pu être très forte (Dryas).
- L'étude détaillée des espèces dans leur milieu naturel montrent qu'elles développent rapidement des stratégies adaptatives face aux variations locales de température, ce qui est conforme aux prédictions de la théorie de l'évolution.
- De manière générale, les climats plus chauds et plus humides (prédiction dominante du GIEC pour le XXIe siècle) sont considérés comme favorables au développement de la vie, ce dont témoigne la biodiversité des zones tropicales par rapport aux zones tempérées ou polaires.
- Les biologistes estiment que 99% des espèces ayant vécu sur Terre ont aujourd'hui disparu. A chaque époque de l'histoire de la vie, des espèces apparaissent et d'autres disparaissent. L'idée d'une 'conservation de la vie en l'état' n'a aucun sens du point de vue de l'évolution.
- Il est inutile d'agiter le chiffon du réchauffement climatique global pour constater que les activités humaines mettent localement en péril de nombreuses espèces. Leur étude et la préservation sont assurément nécessaires. Une approche rationnelle et contextuelle y contribuera bien plus que des analyses floues et globales dont le sensationnalisme est inversement proportionnel à l'efficacité.

Références
Alley R.B. et al. (1993), Abrupt accumulation increase at the Younger Dryas termination in the GISP2 ice core, Nature, 302, 321-329
Crick H.Q.P. et al. (1999), Climate change related to egg-laying trends. Nature 399, 423-424.
Dansgaard X. et al. (1989), The abrupt termination of the Younger Dryas climate event, Nature, 339, 532-534
Lovejoy T.E., L. Hannah (ed) (2004), Climate Change and Biodiversity, Yale University Press, New Haven, London.
Réale, D. et al. (2003), Genetic and plastic response of a northern mammal to climate change, Proceedings of the Royal Society of London B, 270, 591-596.
Severinghaus J.P. et al. (1998), Timing of abrupt climate change at the end of the Younger Dryas interval from thermally fractionated gases in polar ice. Nature, 391, 141-146.
Thomas C.D. et al. (2004), Extinction risk from climate change, Nature, 427, 145-148
Van Loon, A.J., 2003. The dubious role of man in a questionable mass extinction, Earth Science Reviews, 62, 177-176
Visser M.E. et al. (2003), Variable responses to large-scale climate change in European Parus populations, Proceedings of the Royal Society of London B, 270, 367 - 372.

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