Publiée le 2 mars 2006 sur ScienceExpress, service annonçant les prochaines parutions dans le prestigieux magazine Science, l’information a déjà fait le tour du monde quatre jours plus tard : une nouvelle étude par satellite montre que les glaces de l’Antarctique fondent et contribuent à la hausse du niveau de la mer. En réalité, la courte durée de l’observation (34 mois) ne nous dit rien sur les tendances réelles de l’Antarctique, qui montre des variations interannuelles et interdécennales fortes. Beaucoup de bruit pour pas grand chose, comme d'habitude.
Si vous lisez les fils d’actualité du Figaro, du Nouvel Observateur ou de Libération, et si vous vous intéressez au climat, vous n’aurez pas manqué d’apprendre la mauvaise nouvelle : les glaces de l’Antarctique fondent. C’est un tout nouveau système satellitaire qui l’affirme. La majorité des chercheurs considéraient jusqu’à présent que les glaces de l’Antarctique gagnaient en épaisseur et en extension (voir notre synthèse à ce sujet). Il n’en était rien.
Mais est-ce bien sûr ? Et que dit l’étude au juste ?
L’article qui a fait le tour du monde en l’espace de quatre jours a été publié dans la revue Science par Isabella Velicogna et John Wahr, de l’Université de Boulder, Colorado. Ces deux chercheurs ont utilisé deux satellites jumeaux du système GRACE (Gravity Recovery and Climate Experiment), lancés en mars 2002. Ces satellites, distants de 220 km et en orbite polaire à 500 km d’altitude, font plusieurs fois le tour de la Terre chaque jour. Ils mesurent les variations infimes de son champ gravitationnel, qui sont elles-mêmes liées, en partie, aux variations de la masse terrestre. I. Velicogna et J. Vahr ont utilisé ces données pour observer les variations de la masse de l’Antarctique entre 2002 et 2005. Selon les données de GRACE, le Continent Blanc aurait perdu 152 km3 +/-80 chaque année sur cette période, ce qui représenterait une contribution annuelle à la hausse du niveau de la mer de 0,4 mm +/- 0,2. La tendance observée est illustrée par le graphique ci-dessous.

Les auteurs ont également confirmé que la partie occidentale de l’Antarctique perd ses glaces bien plus rapidement que les parties centrale et orientale, où la baisse est nettement moins marquée. Le phénomène, déjà connu par de précédentes études, est confirmé de nouveau. Il est illustré par le graphique ci-dessous.

Cette étude apporte-t-elle une contribution décisive à l’analyse de la fonte des glaces ? On peut en douter pour plusieurs raisons.
Le premier problème tient aux marges d’erreur importantes propres à cette nouvelle méthode de mesure (voir par exemple Thompson 2004). Les variations de la gravité à un niveau local sont influencées par un grand nombre de facteurs : la pression (c’est-à-dire la masse de l’air) ; la délimitation exacte du champ observé (le front glaciaire change) ; le rebond isostatique post-glaciaire (phénomène spécifique qui désigne l’ajustement de la croûte terrestre à l’évolution des glaces en surface dans les périodes interglaciaires). L’expérience GRACE étant très récente, la valeur des corrections est encore incertaine pour la zone antarctique. Les données non corrigées (en bleu sur le schéma ci-dessus) ne montrent d’ailleurs pas de tendances très significatives. En tout état de cause, il faudra plusieurs années de calibration pour obtenir des séries de données plus fiables.
Le deuxième problème tient à la très courte période étudiée : 34 mois. Pour une surface comme celle de l’Antarctique, une analyse portant sur moins de trois ans n’a pas grande valeur. La variation moyenne trouvée par les auteurs (152 km3) représente 0,000005% des 30 millions de km3 qui forment le volume global estimé des glaces de l’Antarctique. Une variation aussi minime sur une aussi courte période n’a rien de très étonnant ni, surtout, de très significatif. Comme le remarque le Pr David Vaughan, du British Antarctic Survey, « les données publiées concernent une très courte période. Nous aurons besoins de pluseurs décennies de données pour être sûr que les changements observés sont des tendances de long terme ».
Le troisième problème tient à la période choisie. Comme le montre le schéma ci-dessous, qui provient du National Snow and Ice Data Center (NSIDC DAAC) et qui concerne l’évolution des glaces de l’Antarctique en surface (km2), le début de l’observation de Velicogna et Wahr se fait à une période d’amplitude maximale. Il est donc prévisible d’enregistrer une baisse dans les années qui suivent. Mais comme le montre le même schéma, ces alternances sur de courtes périodes sont le lot commun du Continent Blanc.

Que faut-il en conclure ?
Le nouveau système GRACE apportera certainement des données précieuses pour l’étude de la Terre. Mais son utilisation pour observer le volume des glaces de l’Antarctique sur une très courte période n’apporte pas de données réellement pertinentes concernant les tendances climatiques à long terme du Pôle Sud. Et les résultats obtenus ne justifient certainement pas la publicité planétaire qui est en faite auprès du grand public.
Références
Thomson P.F. et al. (2004), Impact of short period, non-tidal, temporal mass variability on GRACE gravity estimates, Geophys. Res. Letters, 31, doi :10.1029/2003GL019285
Velicogna I., J. Wahr (2006), Measurements of time-variable gravity show mass loss in Antarctica, Science, DOI: 10.1126/science.1123785
Si vous lisez les fils d’actualité du Figaro, du Nouvel Observateur ou de Libération, et si vous vous intéressez au climat, vous n’aurez pas manqué d’apprendre la mauvaise nouvelle : les glaces de l’Antarctique fondent. C’est un tout nouveau système satellitaire qui l’affirme. La majorité des chercheurs considéraient jusqu’à présent que les glaces de l’Antarctique gagnaient en épaisseur et en extension (voir notre synthèse à ce sujet). Il n’en était rien.
Mais est-ce bien sûr ? Et que dit l’étude au juste ?
L’article qui a fait le tour du monde en l’espace de quatre jours a été publié dans la revue Science par Isabella Velicogna et John Wahr, de l’Université de Boulder, Colorado. Ces deux chercheurs ont utilisé deux satellites jumeaux du système GRACE (Gravity Recovery and Climate Experiment), lancés en mars 2002. Ces satellites, distants de 220 km et en orbite polaire à 500 km d’altitude, font plusieurs fois le tour de la Terre chaque jour. Ils mesurent les variations infimes de son champ gravitationnel, qui sont elles-mêmes liées, en partie, aux variations de la masse terrestre. I. Velicogna et J. Vahr ont utilisé ces données pour observer les variations de la masse de l’Antarctique entre 2002 et 2005. Selon les données de GRACE, le Continent Blanc aurait perdu 152 km3 +/-80 chaque année sur cette période, ce qui représenterait une contribution annuelle à la hausse du niveau de la mer de 0,4 mm +/- 0,2. La tendance observée est illustrée par le graphique ci-dessous.

Variation du volume glaciaire de l’Antarctique entre avril 2002 et août 2005 (en bleu valeur non corrigée, en rouge valeur corrigée des autres influences). Source : Science.
Les auteurs ont également confirmé que la partie occidentale de l’Antarctique perd ses glaces bien plus rapidement que les parties centrale et orientale, où la baisse est nettement moins marquée. Le phénomène, déjà connu par de précédentes études, est confirmé de nouveau. Il est illustré par le graphique ci-dessous.

Variation du volume glaciaire dans la partie occidentale de l’Antarctique (ligne rouge) et dans sa partie orientale (ligne verte). Source : Science.
Cette étude apporte-t-elle une contribution décisive à l’analyse de la fonte des glaces ? On peut en douter pour plusieurs raisons.
Le premier problème tient aux marges d’erreur importantes propres à cette nouvelle méthode de mesure (voir par exemple Thompson 2004). Les variations de la gravité à un niveau local sont influencées par un grand nombre de facteurs : la pression (c’est-à-dire la masse de l’air) ; la délimitation exacte du champ observé (le front glaciaire change) ; le rebond isostatique post-glaciaire (phénomène spécifique qui désigne l’ajustement de la croûte terrestre à l’évolution des glaces en surface dans les périodes interglaciaires). L’expérience GRACE étant très récente, la valeur des corrections est encore incertaine pour la zone antarctique. Les données non corrigées (en bleu sur le schéma ci-dessus) ne montrent d’ailleurs pas de tendances très significatives. En tout état de cause, il faudra plusieurs années de calibration pour obtenir des séries de données plus fiables.
Le deuxième problème tient à la très courte période étudiée : 34 mois. Pour une surface comme celle de l’Antarctique, une analyse portant sur moins de trois ans n’a pas grande valeur. La variation moyenne trouvée par les auteurs (152 km3) représente 0,000005% des 30 millions de km3 qui forment le volume global estimé des glaces de l’Antarctique. Une variation aussi minime sur une aussi courte période n’a rien de très étonnant ni, surtout, de très significatif. Comme le remarque le Pr David Vaughan, du British Antarctic Survey, « les données publiées concernent une très courte période. Nous aurons besoins de pluseurs décennies de données pour être sûr que les changements observés sont des tendances de long terme ».
Le troisième problème tient à la période choisie. Comme le montre le schéma ci-dessous, qui provient du National Snow and Ice Data Center (NSIDC DAAC) et qui concerne l’évolution des glaces de l’Antarctique en surface (km2), le début de l’observation de Velicogna et Wahr se fait à une période d’amplitude maximale. Il est donc prévisible d’enregistrer une baisse dans les années qui suivent. Mais comme le montre le même schéma, ces alternances sur de courtes périodes sont le lot commun du Continent Blanc.

Evolution des glaces de l’Antarctique au cours des vingt dernières années. Les variations interannuelles sont fortes : plusieurs décenies sont nécessaires pour établir une tendance. Source : NSIDC DAAC.
Que faut-il en conclure ?
Le nouveau système GRACE apportera certainement des données précieuses pour l’étude de la Terre. Mais son utilisation pour observer le volume des glaces de l’Antarctique sur une très courte période n’apporte pas de données réellement pertinentes concernant les tendances climatiques à long terme du Pôle Sud. Et les résultats obtenus ne justifient certainement pas la publicité planétaire qui est en faite auprès du grand public.
Références
Thomson P.F. et al. (2004), Impact of short period, non-tidal, temporal mass variability on GRACE gravity estimates, Geophys. Res. Letters, 31, doi :10.1029/2003GL019285
Velicogna I., J. Wahr (2006), Measurements of time-variable gravity show mass loss in Antarctica, Science, DOI: 10.1126/science.1123785
Commentaires