Une récente étude d'Eric Rignot a fait état d'une accélération récente et importante de la fonte de la calotte groenlandaise, et donc de la hausse du niveau des mers. Mais ce nouveau travail est en contradiction avec trois autres recherches publiées voici quelques mois, qui obtiennent un résultat inverse. Si les scientifiques débattent encore, les médias ont bien sûr tranché en faveur des informations les plus catastrophistes. Celles qui font vendre...
Eric Rignot est un membre pugnace du GIEC et l’on ne s’étonnera donc pas de lire sous sa plume des nouvelles alarmistes concernant l’état climatique de la Terre. Travaillant au Jet Propulsion Laboratory de Pasadena (Californie), ce spécialiste français des glaces vient de publier avec Pannir Kanagaratnam (Université du Kansas) une étude sur la fonte des glaces au Groenland (Rignot 2006). Utilisant des données radars et satellitaires, les deux auteurs ont constaté une accélération récente des pertes de glaces : entre 1996, 2000 et 2005, la calotte groenlandaise aurait perdu 90 à 220 km3 par an, l’accélération des glaciers remontant dans cette période du 66°N au 70°N. Traduction concrète : une hausse annuelle du niveau de la mer de 0,6 mm par an, trois fois plus que les estimations faites voici dix ans. « Le Groenland contribuera plus, et plus rapidement, à la hausse des niveaux de la mer que ce que les moddèles prédisaient », résume E. Rignot à l’intention de la presse. Laquelle s’est empressé de répandre la mauvaise nouvelle.
Le problème, c’est que d’autres études tout aussi récentes n’entonnent pas du tout le même refrain (voir notre synthèse sur l’Arctique).
En octobre 2005, Ola Johannessen (Université de Bergen, Norvège) et ses collègues ont publié une analyse satellitaire de l'inlandsis groenlandais, en l'occurrence les relevés altimétriques ERS1 et ERS2 collectées entre 1993 et 2003. Leur conclusion n’est pas celle de Rignot : "Une élévation de 6,4 cm par an est constatée dans les larges zones intérieures situées au-dessus de 1500m d'altitude", relèvent les chercheurs. En-dessous de 1500 m, la couverture de glace aurait perdu 2 cm par an. Mais le bilan global reste positif pour le Groenland, avec un gain de 55 cm en onze ans (Johannessen 2005).
Dans le même numéro de Science paru en octobre 2005, Richard Alley (Université de Pennsylvanie, Etats-Unis) et ses collègues ont passé en revue les études récentes sur la fonte des glaces aux pôles et l'élévation conséquente du niveau de la mer. Ils en concluent que "[les modèles climatiques] ne sont pas capables d'évaluer si les changements en cours représentent des perturbations mineures en voie de stabilisation, ou un changement majeur qui pourrait notablement affecter le niveau des océans" (Alley 2005).
La même année 2005, une autre équipe internationale de glaciologues a étudié l’évolution du Groenland sur 10,5 ans (et aussi de l’Antarctique sur 9 ans), entre 1992 et 2002, à partir de données satellite d’altimétrie (Zwally 2005). Concernant le Groenland, ils observent que "la calotte s’amincit à ses marges (-42 +/- 2 Gt a-1) et s’épaissat à l’intérieur (+53 +/- 2 Gt a-1) avec un léger gain de masse globale (+11 Gt +/- 3 Gt a-1)". La traduction en termes de hausse du niveau de la mer : -0,03 mm par décennie. Non seulement ces chercheurs ne considèrent pas que le Groenland contribue à élever le niveau de la mer, mais ils envisagent même un processus inverse. Rappelons que les eaux perdues à la marge d’une calotte glaciaire, par l'affaissement des glaciers du fait d’un réchauffement, peuvent être regagnées au centre de cette calotte grâce à une augmentation des précipitations neigeuses.
Il faut se rendre à l’évidence : les spécialistes des glaces ne sont pas d’accord entre eux sur l’état de l’Arctique. Nous ne prétendons pas trancher ici ce débat hautement technique, qui demande de surcroît des séries très longues pour dégager des tendances significatives. On signalera cependant un détail technique troublant. Lorsque Rignot et Kanagaratnam ont estimé la contribution au niveau de la mer (les pertes moins les gains), ils n’ont pas renvoyé à des mesures directes, mais à un précédent article de Hanna et al. (2005) qui présentait un modèle météorologique de ces mesures.
Références
Alley R. et al. (2005), Ice-sheet and sea-level changes, Science, 310, 456-460.
Hanna E. et al. (2005), Runoff and mass balance of the Greenland ice sheet : 1958-2003, J. Geophys. Res., 110, doi :10.1029/2004JD005641
Johannessen O.M. et al. (2005), Recent ice-sheet growth in the interior of Greenland, Science, 310, 1013 -1016.
Rignot E., P. Kanagaratnam (2006), Changes in the velocity structure of the Greenland ice sheet, Science, 311, 986-990
Zwally, H.J. et al. (2005), Mass changes of the Greenland and Antarctic ice sheets and shelves and contributions to sea-level rise: 1992-2002, Journal of Glaciology, 51, 509-527.
Crédit photo
Courtesy NASA/JPL-Caltech
Eric Rignot est un membre pugnace du GIEC et l’on ne s’étonnera donc pas de lire sous sa plume des nouvelles alarmistes concernant l’état climatique de la Terre. Travaillant au Jet Propulsion Laboratory de Pasadena (Californie), ce spécialiste français des glaces vient de publier avec Pannir Kanagaratnam (Université du Kansas) une étude sur la fonte des glaces au Groenland (Rignot 2006). Utilisant des données radars et satellitaires, les deux auteurs ont constaté une accélération récente des pertes de glaces : entre 1996, 2000 et 2005, la calotte groenlandaise aurait perdu 90 à 220 km3 par an, l’accélération des glaciers remontant dans cette période du 66°N au 70°N. Traduction concrète : une hausse annuelle du niveau de la mer de 0,6 mm par an, trois fois plus que les estimations faites voici dix ans. « Le Groenland contribuera plus, et plus rapidement, à la hausse des niveaux de la mer que ce que les moddèles prédisaient », résume E. Rignot à l’intention de la presse. Laquelle s’est empressé de répandre la mauvaise nouvelle.Le problème, c’est que d’autres études tout aussi récentes n’entonnent pas du tout le même refrain (voir notre synthèse sur l’Arctique).
En octobre 2005, Ola Johannessen (Université de Bergen, Norvège) et ses collègues ont publié une analyse satellitaire de l'inlandsis groenlandais, en l'occurrence les relevés altimétriques ERS1 et ERS2 collectées entre 1993 et 2003. Leur conclusion n’est pas celle de Rignot : "Une élévation de 6,4 cm par an est constatée dans les larges zones intérieures situées au-dessus de 1500m d'altitude", relèvent les chercheurs. En-dessous de 1500 m, la couverture de glace aurait perdu 2 cm par an. Mais le bilan global reste positif pour le Groenland, avec un gain de 55 cm en onze ans (Johannessen 2005).
Dans le même numéro de Science paru en octobre 2005, Richard Alley (Université de Pennsylvanie, Etats-Unis) et ses collègues ont passé en revue les études récentes sur la fonte des glaces aux pôles et l'élévation conséquente du niveau de la mer. Ils en concluent que "[les modèles climatiques] ne sont pas capables d'évaluer si les changements en cours représentent des perturbations mineures en voie de stabilisation, ou un changement majeur qui pourrait notablement affecter le niveau des océans" (Alley 2005).
La même année 2005, une autre équipe internationale de glaciologues a étudié l’évolution du Groenland sur 10,5 ans (et aussi de l’Antarctique sur 9 ans), entre 1992 et 2002, à partir de données satellite d’altimétrie (Zwally 2005). Concernant le Groenland, ils observent que "la calotte s’amincit à ses marges (-42 +/- 2 Gt a-1) et s’épaissat à l’intérieur (+53 +/- 2 Gt a-1) avec un léger gain de masse globale (+11 Gt +/- 3 Gt a-1)". La traduction en termes de hausse du niveau de la mer : -0,03 mm par décennie. Non seulement ces chercheurs ne considèrent pas que le Groenland contribue à élever le niveau de la mer, mais ils envisagent même un processus inverse. Rappelons que les eaux perdues à la marge d’une calotte glaciaire, par l'affaissement des glaciers du fait d’un réchauffement, peuvent être regagnées au centre de cette calotte grâce à une augmentation des précipitations neigeuses.
Il faut se rendre à l’évidence : les spécialistes des glaces ne sont pas d’accord entre eux sur l’état de l’Arctique. Nous ne prétendons pas trancher ici ce débat hautement technique, qui demande de surcroît des séries très longues pour dégager des tendances significatives. On signalera cependant un détail technique troublant. Lorsque Rignot et Kanagaratnam ont estimé la contribution au niveau de la mer (les pertes moins les gains), ils n’ont pas renvoyé à des mesures directes, mais à un précédent article de Hanna et al. (2005) qui présentait un modèle météorologique de ces mesures.
Références
Alley R. et al. (2005), Ice-sheet and sea-level changes, Science, 310, 456-460.
Hanna E. et al. (2005), Runoff and mass balance of the Greenland ice sheet : 1958-2003, J. Geophys. Res., 110, doi :10.1029/2004JD005641
Johannessen O.M. et al. (2005), Recent ice-sheet growth in the interior of Greenland, Science, 310, 1013 -1016.
Rignot E., P. Kanagaratnam (2006), Changes in the velocity structure of the Greenland ice sheet, Science, 311, 986-990
Zwally, H.J. et al. (2005), Mass changes of the Greenland and Antarctic ice sheets and shelves and contributions to sea-level rise: 1992-2002, Journal of Glaciology, 51, 509-527.
Crédit photo
Courtesy NASA/JPL-Caltech
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